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Premiers romans Natures mortes

septembre 2000 | Le Matricule des Anges n°32 | par Thierry Guichard

81 ans, le poète Georges Bonnet n’a pas écrit un premier roman de débutant : chaque phrase, chaque mot ici pèse le poids juste et conduit inexorablement vers une puissante émotion. Constitué de très courts textes, le roman fige le temps sur une journée particulière : celle qui voit la mort de la femme « acariâtre et obèse » de B…, « la plus laide et sans doute la plus méchante », mais la seule aussi avec laquelle B… le boiteux a pu se marier.
Nous sommes à la campagne, une campagne miséreuse, faite de quelques objets immobiles et d’une nature que les saisons modifient très lentement. B… trouve refuge dans la prairie, couché dans l’herbe amère jusqu’à ce que les cris du « débile » qui vit chez lui le ramène à la réalité. Le corps de sa femme gît sur le sol. Devant le drame B…, la soixantaine, ne dit rien et assiste, témoin muet, à l’arrivée de sa fille Marthe, du médecin, de quelques voisins qui vont accompagner la morte jusqu’à la nuit. Georges Bonnet peint toute une série de natures mortes, alternant les descriptions de la maison où les objets témoignent de vies minuscules, d’une misère presque sans conscience, et celles de la nature dehors, vivante et sereine. Va-et-vient aussi entre le présent (le corps de la défunte, la casquette d’un voisin et les peu de mots qui se disent) et le passé (la figure du père, les moqueries vis-à-vis du boiteux). Le roman avance ainsi, par touches successives, arrêts sur image, fixité des tableaux d’une vie pauvre. La précision du trait, l’absence de pathos ont une fonction : il s’agit de refouler l’émotion. C’est un barrage face à ce qui emporte la raison. De même l’enfant d’une amie de Marthe fixe-t-il la lumière de cette journée : lui survivra à ce monde campagnard d’un autre siècle pour continuer à habiter la prairie.
Jusqu’à la dernière page on se sent redevable au romancier de nous permettre de traverser ainsi cette journée, en équilibre entre détresse et angoisse, le regard fixé sur chaque détail surgi des tableaux. Et puis la dernière page nous submerge : le barrage a cédé, l’émotion nous emporte.

Un si bel été
Georges Bonnet

Flammarion
153 pages, 89 FF

Natures mortes Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°32 , septembre 2000.