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Histoire littéraire Le Panthéon de Saint-Anne

août 2001 | Le Matricule des Anges n°35 | par Éric Dussert

Les Fous littéraires

Alors qu’on réédite son oeuvre majeure, Les Fous littéraires, le bibliographe et ’pataphysicien belge André Blavier est mort le 9 juin dernier. Il arpentait un champ bien connu de son ami Queneau. Un festival de savoir et d’incongruités.
La réédition des Fous littéraires est un événement. On l’attendait depuis fort longtemps car son édition originale de 1982, introuvable, figurait sur les catalogues des libraires d’anciens à des prix exorbitants. Ce volumineux ouvrage imprimé sur papier bible est plus qu’un livre. À dire vrai, le « Blavier » est une bible destinée aux amateurs de curiosités. Sous son apparent exotisme, cette somme est l’ouvrage de référence des auteurs qui n’en ont pas, une encyclopédie de thèses saugrenues, de manies et d’éructations débordantes, de poésies cocasses, d’inventions langagières et de fantaisies mirobolantes souvent délectables.
Né en 1922 à Hodimont, près de Verviers en Belgique, André Blavier a consacré de longues années à ce sujet entre autres activités. Bibliothécaire d’une curiosité immense, il fondait en 1953 la revue Temps mêlés sur ce programme : « Le mois est haïssable et la faim du moi difficile. Nous déclarons les temps mêlés. » Il s’est aussi intéressé à Matisse et perpétua la mémoire de Raymond Queneau qui, après Charles Nodier, Octave Delepierre (1804-1875), Philomneste Junior (alias Gustave Brunet, 1807-1896), le faux Russe Tcherpakof et de nombreux autres, compila des informations sur les fous littéraires dont il nourrit ses Enfants du limon (NRF, 1938). Partiellement dévoilée en avril 1956 par la revue Bizarre qui consacrait sa livraison aux « hétéroclites et fous littéraires », la bibliothèque reconstituée par le bibliophilou Blavier regroupe des textes rares qui ont poussé dans une indépendance d’esprit totale et sans souci du qu’en dira-t-on. Après avoir défini dans une longue et plaisante introduction le cadre de son étude n’est pas admis chez les fous littéraires qui veut-, il précise judicieusement que « L’appellation de « fou littéraire » ne comporte rien de péjoratif ». Les critères de sélection sont stricts et réclament notamment qu’un fou littéraire n’ait pas de distance critique avec ce qu’il écrit.
Enrichi de nombreuses illustrations, le fabuleux volume augmenté propose un parcours dépaysant à travers plusieurs classes d’auteurs. Les cas repérés, près de trois mille selon l’index, sont regroupés par « spécialités ». On y trouve les Cosmogones, les Philosophes de la nature, les Prophètes, visionnaires & messies, les Quadrateurs (du cercle), les Astronomes & météorologistes, les Persécutés, persécuteurs & faiseurs d’histoire(s), les Savants, les Médecins & hygiénistes, les Inventeurs & bricoleurs, les Candidats, les Philanthropes, sociologues & casse-pieds et puis, bien sûr, les Romanciers & poètes qui n’ont jamais démérité. Entre Amadis, l’auteur de l’Écriture universelle (1892) et Strada, responsable d’une Épopée humaine en vingt-quatre volumes et cent mille vers (1895), la compilation analytique jovialement analytique- signale des centaines de brochures, plaquettes et livres obstinément introuvables dont l’intérêt saute à l’oeil. C’est le cas du typographe Nicolas Cirier qui publiait L’Apprentif Administrateur, pamphlet pittoresque (!) littérario-typographico-bureaucratique (sic, 1840) dont les délires astucieux reparaissent (Plein Chant, 120 FF). Témoin aussi Paulin Gagne, le célèbre avocat (1808-1876) qui proposait la création d’une langue universelle d’après les principes de la « monopanglotte qui veut former cette langue avec les mots racines de toutes les langues » et suggérait, entre autres solutions aux problèmes sociaux « la proclamation d’un archipontife et d’une archimonarque (…) la destruction du spirisatanisme (…) la plus haute protection pour la culture du froment, et l’arrachement graduel des vignes, des mûriers et autres objets de luxe pernicieux (ainsi que) l’enrégimentation des gens de lettres ». Et allez donc. Témoin, enfin, Jean-Pierre Brisset, l’un des plus sérieux clients de Blavier. La publication par Gilles Rosière du Brisset sans peine (Deleatur, 60 FF) concomitante à la réédition de la biographie de ce « Prince des penseurs » par Marc Décimo (Presse du réel, 796 p., 200 FF) souligne l’importance de Brisset qui, en dehors de ses trouvailles linguistiques, faisait remonter toute l’humanité à la grenouille.
N’en déplaise aux MM. Prudhomme de notre époque, les fous littéraires passionnent les lettrés. Ils leur procurent une incroyable sensation de liberté. Pensons, suggèrent les hétéroclites, sans le secours des béquilles de la rationalité ou des avis communs. La grande fraternité des excentriques, des originaux, des mythomanes, des paranoïaques, des plumographes kilométriques et autres inventeurs siphonnés a des tas de choses à nous apprendre sur notre humanité. Dans la bonne humeur.

Les fous littéraires, André Blavier
Éditions des Cendres, 1152 pages, 450 FF (68,60 )

Le Panthéon de Saint-Anne Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°35 , août 2001.
LMDA PDF n°35
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