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Domaine français Le préfet subversif

décembre 2001 | Le Matricule des Anges n°37 | par Éric Dussert

Pamphlétaire et styliste hors classe, Roger Rabiniaux (1914-1986) a pondu des chefs-d’oeuvre dans une langue ahurissante et gauloise. Déconseillé aux féministes.

L' Honneur de Pédonzigue

Dans un chef-d’oeuvre d’humour, Fernando Pessoa démontrait en 1922 l’existence d’un Banquier anarchiste. L’oxymoron a de quoi surprendre mais il se trouva quelques années plus tard en France, parmi le corps préfectoral qui n’a jamais manifesté de goût pour les thèses de Kropotkine -Corse exceptée-, un préfet pour manifester une attitude approchante.
Né à Levallois-Perret sous le nom de Bellion en décembre 1914, Roger Rabiniaux fut instituteur après avoir obtenu ses licences de lettres, de droit et un diplôme d’économie politique. Il finira sa carrière au grade de préfet hors cadre en 1973. Il aura représenté l’État sans démériter dans le sud de la France. Il est passé par Vichy au mauvais moment mais aux côtés de son ami Pierre Seghers il fit partie de la Résistance. À la Libération, Rabiniaux est un poète amateur. Il publie dans les revues littéraires renaissantes où sa plume est trop personnelle et tonitruante pour passer inaperçue. Après un recueil de vers, L’Honneur de Pédonzigue s’inscrit parmi les premiers succès du Livre de poche et lui vaut une préface dithyrambique de Raymond Queneau séduit par ses inventions langagières. Cinquante ans plus tard, ses railleries rejoignent les méchancetés de Raymond Cousse au catalogue des éditions Cent pages qui se font à l’évidence une spécialité des fortes têtes et des grandes gueules.
L’Honneur de Pédonzigue n’est pas un roman. C’est, aux dires de son auteur, une « épopée » dont la prosodie est singulière : chacune des phrases se décompose en groupe de six syllabes, sonne comme un alexandrin avec rimes internes. Pourtant, il s’agit bien d’un roman de la médiocrité, d’une fresque de la bêtise et de la vanité. Fils de Rabelais, frère de Fourest et de Brassens, le haut-fonctionnaire porte sur ses administrés un regard dénudant. La bourgade qu’il nomme Pédonzigue est un condensé de la France franchouillarde, celle de petits boutiquiers, des intelligences stériles, des petits appétits. Rabiniaux sélectionne les « caïds », les marlous et les notables, leurs épouses adipeuses, leurs filles -ses portraits de femmes ne lui vaudront pas l’admiration des féministes-, « les bavasseux merdigots », les candidats à tout, les compromis et les esthètes à cent sous. « C’est toute la nuit Pédonzigue : des crimes, croquignets, dodus, des amours qui n’en sont plus, des vieux qui n’en peuvent pas plus, de jeunes déjà rompus, de gros pourrissoirs à vertus et des innocents bien foutus ».
Rabiniaux taille une langue à sa mesure. À propos des Vertus Craboncrague, livre de la même veine, Paul Bay raffolait des « bambochades panclastiques coloriées au crayon gras ». Pédonzigue est une toile de Bosch repeinte par Dubout. Chaudron d’éructations et de trouvailles, les mots s’y bousculent dans une exaltation formidable et sans frein. Un lexique se forge où sont déformés les mots les plus grotesques avec une prédilection pour le registre anal. Naturellement, éternelle rime avec maquerelle. Rabiniaux ne recule pas devant l’outrance, il s’en repaît. Et il a de l’estomac. Il puise sa verve aux mêmes sources que Céline ou Paraz. « Entre chefs-d’oeuvre, pouillasse, vermines et manuscrits, ainsi vont le temps qui passe, l’éducation des masses et la gloire de l’esprit. » Si ce sanguin a laissé transparaître ses appétits et son goût de la chair dans Impossible d’être abject (Phébus, 1998), roman plus policé bien que salé, il n’aura jamais masqué son pessimisme fondamental. Par chance, L’Honneur de Pédonzigue, « c’est bien écrit, c’est farouche et ça guérit des névroses ».

L’Honneur
de Pédonzigue

Roger Rabiniaux
Éditions Cent pages
140 pages, 13,57 (89 FF)

Le préfet subversif Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°37 , décembre 2001.
LMDA PDF n°37
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