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Domaine français Temps mort

décembre 2001 | Le Matricule des Anges n°37 | par Jérôme Pellissier

Vous cherchez le lieu idéal où l’essentiel d’une journée est d’amener au lendemain, où vous oubliez vos soucis, en particulier celui d’être mortel ? Lisez Laurent Graff.

Fidèle au principe déjà à l’oeuvre dans Il est des nôtres, son précédent roman, Laurent Graff se plaît à faire incidemment pénétrer son lecteur dans des univers auxquels la littérature contemporaine s’attache rarement. Ainsi de la maison de retraite des Jours heureux où le narrateur, jeune homme au début du récit, choisit de se retirer, décidé à se fondre le plus rigoureusement possible parmi les pensionnaires. Ses motivations ne manquent pas, que le lecteur devine au fur et à mesure du récit : à contre-pied des activités effrénées, pour ne pas dire compulsives, qui forment pour ses semblables autant de manières de fuir l’essentiel, il s’agit de ralentir le cours du temps et d’apprivoiser la mort.
Grâce à une vision plus romantique que réaliste, grâce à un style qui donne l’apparence de la légèreté et à une ironie toujours à fleur de texte, Laurent Graff parvient non seulement à éviter d’emblée l’ennui ou le pathos -habituels écueils des textes qui prennent la vieillesse et la mort comme objets- mais surtout à nous offrir, sans avoir l’air d’y toucher, une belle leçon d’humour, de douceur et d’humanité.
Elle prend forme calmement, au fur et à mesure qu’apparaissent les autres personnages du récit, en premier lieu les pensionnaires qui entourent le narrateur. Au-delà des personnalités propres à chacun, nombre d’entre eux ressemblent à s’y méprendre aux vieux de la chanson de Brel, égrenant sans cesse, à petits pas, à petits coups de manies comme de gentillesses, des petites journées qui sont pourtant, le plus souvent, interminables. Défilent alors, décrites avec un succulent mélange de tendresse et de malice, les activités quotidiennes, dont la monotonie est parfois rompue par quelques activités exceptionnelles (sortie à Thoiry, invitation d’un magicien…) qui donnent à Laurent Graff l’occasion de laisser libre cours à son humour, dévoilant au passage qu’il suffit de presque rien pour que ce soient les adultes, et non les vieux, qui se trouvent malhabiles et désorientés.
Parmi tous les pensionnaires, le narrateur s’attache à Mireille, petite vieille en fin de vie qu’il cherche à observer sur un mode quasi entomologique, pour tenter, toujours, de saisir l’apparition progressive de la mort. Mais, sommé d’aider Mireille à fuguer et de l’emmener mourir au bord de la mer, il ne pourra garder longtemps sa position d’observateur neutre.
L’apparente simplicité du récit est ainsi rompue par l’étrange statut que possède bientôt le narrateur, ni vieil adulte, ni jeune vieux, ni dans son temps, ni hors du temps. Le texte glisse alors de la peinture d’un univers de vieillards en attente de la mort à celle d’un homme jeune en retrait de la vie, de l’observation des premiers au dévoilement du second, dévoilement qui le met à nu dans la crudité de la réussite ou de l’échec de sa quête. S’achevant sur un nouveau commencement, le roman laisse au lecteur la liberté de croire que la mort et le temps sont vaincus ou vainqueurs.

Les Jours heureux
Laurent Graff
Le Dilettante
144 pages, 13 (85,27 FF)

Temps mort Par Jérôme Pellissier
Le Matricule des Anges n°37 , décembre 2001.
LMDA PDF n°37
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