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Domaine étranger L’odyssée McKay

décembre 2001 | Le Matricule des Anges n°37 | par Pierre Hild

Nomade de corps et de plume, l’écrivain jamaïcain livre dans ses mémoires un portrait saisissant des haut lieux des années 20-30. Itinéraire d’un témoin exemplaire.

Un sacré bout de chemin

Il y a deux ans, les éditions André Dimanche rééditaient Banjo, roman que publia en 1928 Claude McKay. Ce fut l’occasion de redécouvrir cet écrivain d’origine jamaïcaine, bourlingueur insatiable. Banjo, roman construit par épisodes, rendait à merveille le Marseille des années 20 -le quartier de « la fosse » défiguré par la suite-, l’irruption du jazz en France, et, surtout, posait un regard singulier sur la vie des différentes communautés qui vivaient en ces lieux. Bien qu’il y eût là un témoignage -hélas !- toujours actuel sur la vie des minorités, Banjo, par sa truculence, s’il révélait un écrivain injustement oublié, pouvait encore masquer le témoin d’exception que fut McKay.
Césaire, Senghor, Damas, pères de la négritude le saluèrent haut comme le rappelle le postfacier Michel Fabre ; Louis Guilloux -traducteur de son premier roman Home to Harlem- vit en lui « l’un des écrivains noirs les plus doués ». Pour rendre un peu de cela, Un sacré bout de chemin, son autobiographie, paraît à point nommé : quatre cents pages menées tambour battant ; les confessions « d’un vagabond qui avait un but (…) bien déterminé à (s)’exprimer par l’écriture », devancier de la négritude, certes, mais encore, pleinement acteur de son époque.
De la Jamaïque aux États-Unis de la « Harlem renaissance » des années 20, de l’Angleterre à la Russie du jeune gouvernement soviétique, de l’Allemagne à la Ruhr occupée de 1923 au Montparnasse des heures chaudes, du Marseille de Banjo au Maroc puis Barcelone, Un sacré bout de chemin révèle le kaléidoscope d’un « troubadour vagabond » qui se nourrit « surtout de la poésie de l’existence ».
Si les morceaux choisis insérés laissent apparaître une poésie datée, la parole de McKay, son sens du portrait, de l’ellipse, font merveille : la galerie de portraits qu’égrènent ses aventures sont un régal que ne peut qu’augmenter ses qualités de dialoguiste, vif et direct. De Bernard Shaw lui disant « Ce doit être tragique d’être poète, pour un noir doté de sensibilité. Pourquoi n’avez-vous pas plutôt choisi la boxe ? », aux portraits du petit monde gravitant autour de Gertrude Stein -« Gertrude Stein n’a rien contre les nègres », « Gertrude Stein a écrit la meilleure nouvelle qui existe sur les noirs, et si vous voulez être un écrivain noir moderne, vous devriez faire sa connaissance »-, McKay fait mouche, saisissant la vanité ou la condescendance où qu’elle se trouve, des gens du commun aux « vaches sacrées » les plus enluminées.
De l’employé des wagons-lits qu’il fut, aux lustres de Montparnasse, du pigiste dénicheur de scoop pour la presse de gauche anglaise au rédacteur adjoint du Liberator, McKay, s’il n’est pas exempt d’un certain narcissisme, est assurément l’exemple d’une « intégrité intellectuelle » que beaucoup réclament sans se soucier de sa pratique. À cet égard, le long passage sur la Russie soviétique -où l’on alla jusqu’à le porter en triomphe et l’exhiber, sans qu’il perde sa distance critique- recèle des pages qui dépassent le Retour d’U.R.S.S. d’André Gide qui fit grand bruit. Le secret de ce regard provenant sûrement de son parcours. « Je n’avais pas appris à connaître les travailleurs noirs comme le font les universitaires (…) je connaissais l’ouvrier noir non spécialisé des villes pour avoir travaillé avec lui comme concierge, débardeur, ou comme serveur dans les chemins de fer (…) aussi, lorsque j’en suis venu à écrire sur le prolétaire noir (…) je n’ai pas eu (…) à faire un exposé pseudo-romantique, comme les écrivains bourgeois qui deviennent pour un temps membres de la classe ouvrière en prenant un emploi dans un atelier ou une usine afin de rassembler les éléments qui leur permettront d’écrire des ouvrages dépourvus d’intérêt sur les travailleurs, alors que l’essentiel de leur vie leur échappe », dit-il à propos de Home to Harlem que va rééditer André Dimanche. Un regard à hauteur d’homme, un parcours d’exception, qui font d’Un sacré bout de chemin un livre indispensable.

Un sacré bout de chemin
Claude McKay
Traduit de l’américain
par Michel Fabre
André Dimanche
400 pages, 24,23 (159 FF)

L’odyssée McKay Par Pierre Hild
Le Matricule des Anges n°37 , décembre 2001.
LMDA PDF n°37
4,00 €