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Histoire littéraire La “ creaking door “

octobre 2003 | Le Matricule des Anges n°47 | par Pascal Paillardet

Le Hampshire est un terreau littéraire. De la maison natale de Charles Dickens à la demeure de Jane Austen, des sanctuaires honorent cette contrée célébrée par Keats et Shakespeare.

C’est une maisonnette basse, rétrécie, comme essorée par le crachin britannique. Embusquée derrière un jardinet, suspendue à la corde à linge du 393, Old Commercial road, cette étroite demeure nécessiterait presque l’usage du chausse-pied. À Landport, dans la banlieue de Portsmouth, elle se recroqueville sur ses charmes pour raboter les hautes statures et rosser les lourds gabarits. Ses couloirs exigus froissent les parapluies et polissent les épaules qui se courbent, ses plafonds bas mettent sous presse les caboches qui s’entrechoquent sous la toiture. Ici naquit, le 7 février 1812, l’écrivain Charles Dickens. Dans l’enfilade des pièces qui promettent des courbatures à l’hôte de passage, arpentées cérémonieusement du vestibule à la chambre où le fils de John et Elizabeth vit le jour, le regard achoppe sur des souvenirs du créateur d’Oliver Twist (1838) et de David Copperfield (1849), deuxième des huit enfants de la famille.
Meublées dans le style Régence, les pièces encastrées protègent des vestiges précieux : le coupe-papier et l’encrier de l’écrivain, le lit sur lequel il expira le 9 juin 1870 dans sa retraite campagnarde de Gadshill près de Rochester, une ville du Kent réputée pour son musée Charles Dickens. Enterré dans le « Poet’Corner » (« Coin des Poètes ») de l’abbaye de Westminster, Charles Dickens ne vécut que quatre années à Portsmouth ; en 1816, son père, employé à l’Amirauté, fut nommé à Chatham avant de rejoindre Londres, en 1822.
Comté du sud de l’Angleterre, le Hampshire, l’une « des campagnes les plus boisées » (Daniel Defoe) du pays, dispense au littérateur en maraude quelques curiosités inestimables. À Chawton, près d’Alton, à une vingtaine de kilomètres de Winchester, une replète bâtisse rouge brique du XVIIe siècle, à l’aspect recueilli, abrita Jane Austen de 1809 à 1817. Dans ce domaine partagé avec sa mère et sa sœur, la romancière de Raison et Sentiments (1811) et d’Emma (1816), fille de pasteur née à Steventon le 16 décembre 1775, veilla à s’édifier un abri de solitude et sérénité. Au cœur de la « Jane Austen’s House », ouverte à la visite, des reliques suggèrent une douce piété et trahissent le souci de l’écrivain de se concilier les faveurs d’un quotidien paisible. « Son existence fut étrangement pauvre en événements : peu de changements, aucune crise grave ne vinrent jamais briser le doux flux de son cours », confia l’un de ses trente-deux neveux et nièces Jane Austen, vieille fille, était le septième enfant d’une famille qui en comptait huit. La table de travail et l’étoffe des robes maintiennent l’illusion de retrouvailles prochaines. Jamais réparée, la célèbre « creaking door », la porte qui grince, poursuit avec une insolente fidélité son devoir de vigie ses craquements prévenaient Jane Austen des intrusions lorsqu’elle rédigeait ou corrigeait ses manuscrits. Hébergée dans une maison du collège de Winchester à la fin de sa vie, Jane Austen fut inhumée en 1817 dans la cathédrale de la ville. Une cité qui s’enorgueillit d’accueillir un Graal précieux dans le « Great Hall » du XIIIe siècle, vestige du château de Winchester construit par Guillaume Le Conquérant : la Table Ronde du Roi Arthur !

La “ creaking door “ Par Pascal Paillardet
Le Matricule des Anges n°47 , octobre 2003.