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Arts et lettres L’alphabet vivant

février 2004 | Le Matricule des Anges n°50 | par Thierry Guichard

L’œuvre cosmopolite du Portugais José de Guimarães irradie une énergie primitive, non dénuée d’humour, qui saisit le spectateur. Et le lecteur de ce livre monumental.

Dans leur coffret volumineux, les livres de la collection « Mains et Merveilles » dirigée par Joaquim Vital sont des merveilles éditoriales. Riches en illustrations, imprimés sur un papier de fort grammage pour les textes et d’un glacé lumineux pour les reproductions, ces livres associent l’œuvre d’un artiste à sa présentation par un écrivain. Chaque ouvrage pèse dans les mains du lecteur. Deux nouveaux titres ont paru pour les fêtes qui méritent une exposition permanente dans les librairies. Pierre Cabanne et Dimitri T. Analis se sont penchés sur le Grec Fassianos (360 pages, 90 ). Alain Bonfand, écrivain et professeur d’histoire des civilisations à l’ÉNS, s’est intéressé au Portugais José de Guimarães.
Dans sa présentation, l’écrivain insiste sur le parallèle qu’on pourrait faire entre Fernando Pessoa et Guimarães (dont le nom d’artiste est celui de la ville où il naquit en 1939). A priori la comparaison étonne. La vivacité de l’œuvre du peintre et sculpteur, ses couleurs « tumultueuses » ses acryliques très graphiques, ne font guère penser à la silhouette noire du poète. Mais c’est par les hétéronymes que Bonfand associe l’un à l’autre. Pessoa et Guimarães semblent en effet pouvoir, l’un comme l’autre, se dépersonnaliser pour absorber (ou se dissoudre) dans l’art qui est « essentiellement multiforme ». Envoyé à la guerre en Angola où il restera sept ans, Guimarães n’a nul besoin d’hétéronymes : il accueille dans le geste de peindre la culture africaine d’abord, puis la chinoise et la mexicaine. Alain Bonfand insiste : « Guimarães (…) n’adopte pas le comportement des artistes occidentaux qui ont durant tout le XXe siècle été influencés par l’art africain. Il n’emprunte pas des formes et des images à l’art de l’Afrique, mais tente une réelle osmose entre les deux cultures. » Cette osmose vise aussi à rendre le signe adéquat à ce qu’il désigne, dans une sorte d’alphabet toujours vivant, toujours en déplacement, jamais figé. Un « alphabet universel » qui interdit le discours. Son œuvre « cherche à s’effacer en tant que telle, à coïncider parfaitement avec l’acte vivant qui la crée » tout comme les masques africains sont à la fois « des images et des réalités ». Afrique, Mexique, Chine, il ne faudrait toutefois pas s’abuser : l’œuvre multiforme de Guimarães n’a rien d’exotique. L’influence du pop art, par exemple, irrigue bon nombre de ses toiles, comme Brigitte (1976) où la Bardot joue les Marilyn Monroe. L’influence de Picasso, les détournements de Rubens sont autant de voies empruntées par les couleurs éclatantes, violentes, ironiques parfois (cf. Ecce homo portugais, 1989-1990). C’est d’une vivacité hors norme, une « jouissance sexuelle omniprésente par ses symboles » face à quoi, le texte parfois jargonnant de Bonfand, semble renoncer. Si, « comme on fait « flèche de tout bois », José de Guimarães fait « peinture de tout signe » », ses toiles jaillissent vers nous, ses sculptures attrapent notre regard, l’interpellent d’un élan pulsionnel. Cette énergie primitive, totémique bouleverse parce qu’elle écarte d’emblée toute interprétation. Elle est une sensation physique, une présence irradiante, brute.
L’ensemble de cet œuvre monumental est donc exploré ici, des toiles aux sculptures urbaines, en passant par ses pièces où collages, sculptures et peintures se mêlent en un parfait métissage des cultures et des matériaux. Surtout, l’œuvre est laissé à l’appréciation du lecteur, comme en une galerie dont il serait l’unique visiteur. C’est bonheur alors de se laisser envahir par cette énergie incroyable qui jaillit des pages.

José de Guimarães
Alain Bonfand
La Différence
(« Mains et Merveilles »)
240 ill. couleurs
360 pages, 90

L’alphabet vivant Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°50 , février 2004.
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