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Histoire littéraire Le sanctuaire d’Orient

février 2004 | Le Matricule des Anges n°50 | par Pascal Paillardet

Dans sa maison de Rochefort, Pierre Loti façonna un univers flamboyant. Le rêveur se surprend aujourd’hui à guetter la silhouette évanescente d’Aziyadé, l’enchanteresse de Turquie.

C’est un frêle mirage, avec des pudeurs de vestale. Un page accompagne peut-être cette princesse d’Orient, enfuie d’un sérail de Turquie, égarée ce soir dans le labyrinthe des ruelles de Rochefort-sur-Mer (Charente-Maritime). On l’imagine errer à travers cette cité plate et sévère, et cavalant, éperdue, à la rencontre d’un dandy au cœur tuméfié : Julien Viaud, alias Pierre Loti, ami de Sarah Bernhardt et de Robert de Montesquiou. Maquillé et poudré, l’écrivain a déserté la rude cellule de sa chambre, meublée d’un lit et d’une malle en bois, pour accueillir la belle Aziyadé. Impatient, l’officier de marine, auteur de Pêcheur d’Islande (1886), hante les pièces de sa demeure : le hall Renaissance, le « Salon rouge » de sa mère Nadine, la Pagode japonaise, la « Salle chinoise », la « Salle gothique » aux murs hérissés de gargouilles, accessible par un escalier prodigieux qui fascina Sacha Guitry : « Il semble avoir été construit pour être descendu »… Pour l’inauguration de cette salle, Pierre Loti organisa le 12 avril 1888 des agapes mémorables : le « menu Louis XI », savouré entre cracheurs de feu et ménestrels, proposait du cygne, du paon et du hérisson… D’autres fêtes mémorables convoquèrent à Rochefort les éclats des Mille et une Nuits, les soleils de Chine et les lueurs du Moyen Âge. De sa maison natale, où il naquit le 14 janvier 1850, Pierre Loti, passionné d’exotisme, fit un palais fastueux et mélancolique, hanté par le souvenir d’un séjour sur la rive du Bosphore. Celui qui aimait à afficher ses ambitions esthétiques « Il n’y a d’important que le décor », répétait Pierre Loti bâtit son mausolée dans un logis « à l’austérité huguenote ».
Incrédule, Aziyadé sonde de ses yeux verts les cercueils alignés dans la mosquée, au second étage de la maison. Des tasses de thé fumantes ont été déposées près des coussins et des tapis d’Orient. Pierre Loti, retranché dans le « Salon turc » où il se plaît à « prolonger ce qui est fini », apparaît enfin. Vêtu en guerrier turc, il s’avance vers la fontaine fleurie de cette mosquée conçue, selon ses dires, avec les vestiges de la mosquée des Omeyyades, à Damas. Des ruines transportées, précise-il, par d’ « honnêtes contrebandiers ». Aziyadé scrute le visage de Pierre Loti. Elle avait accueilli l’enseigne de vaisseau Julien Viaud lors d’une nuit unique, dans sa chambre de Constantinople, le 4 décembre 1876. Il la reçoit aujourd’hui dans sa maison familiale, à Rochefort. Depuis leur rencontre, Loti espérait retrouver sa « Petite Circassienne », l’héroïne de son premier roman (Aziyadé), publié en 1879. En 1905, l’inconsolable écrivain, élu académicien en 1891, avait rapporté sa stèle funéraire, soutirée au cimetière… Cette nuit, Julien Viaud a triomphé du deuil et de la tristesse. Cette nuit, un serviteur criera ses psaumes pour prévenir les habitants de la ville que monsieur Loti est occupé à l’amour. Dans sa maison embarcadère de Rochefort-sur-Mer, où l’illusion perdure, Pierre Loti prolonge indéfiniment son bonheur.

Maison Pierre Loti, 141, rue Pierre-Loti, 17 300 Rochefort-sur-Mer rens. 05.46.99.16.88.

Le sanctuaire d’Orient Par Pascal Paillardet
Le Matricule des Anges n°50 , février 2004.
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