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Vie littéraire Albert Cohen combattant

février 2004 | Le Matricule des Anges n°50 | par Éric Dussert

Hommage aux soldats du front Est, Salut à la Russie est un petit livre énergique. L’auteur se montre aussi espiègle que fin.

Les lecteurs de Belle du Seigneur ou du Livre de ma mère ne s’attendent probablement pas à ce Salut à la Russie. Ceux de Solal ou des Mangeclous en revanche y sont mieux préparés quoique jusqu’à la parution de la thèse d’Alain Schaffner en 1993 (L’Enjeu sacré de la littérature dans l’œuvre d’Albert Cohen, Paris VII), on connaissait mal le versant politique de la bibliographie du Suisse Albert Cohen (1895-1981), non plus que la liste de ses articles discrets disséminés dans les revues. Après la publication de ses Écrits d’Angleterre édités par Daniel Jacoby (Les Belles Lettres, 2002), il est juste que reparaisse ce Salut à la Russie caché depuis 1942 dans la revue française de Londres La France libre.
Proche du gouvernement de De Gaulle, Albert Cohen répond à un objectif politique en rédigeant cet hommage appuyé aux combattants du front Est. D’ailleurs, Cohen en treillis, on devine que cela ne colle pas. Et pourtant, c’est bien lui qui chausse les lourdes bottes de la propagande. Et c’est bien lui qui appuie, revient à la charge, enfonce le clou à tel point qu’on… exulte. Oui, on exulte car sa prose est un délice des plus raffinés et parfaitement sain : « En tout cas qu’on ne vienne pas me raconter qu’il faut détester le mal mais aimer le méchant. Ce sont bobards à la mormoëlle d’oie et à la graisse de hérisson. »
On voudrait avoir la place de citer tous les beaux moments de ce petit livre énergique dont l’auteur se montre aussi espiègle que fin. Lorsqu’il féminise ce « convulsif vantard » d’Hitler en « virago possédée », en « actrice moustachue » acclamée par des millions de « frénétiques médiocres », son discours est efficace car il touche à la nature profonde du régime. De même quand il loue les vertus de la propagande massive et brute des Soviétiques contre le registre sibyllin de Jean Giraudoux, « Le Commissaire français à la propagande elliptique et allusive » qui le conduit à la neurasthénie, c’est en professionnel du discours qu’il s’exprime. Lui, Cohen, bout et s’exclame, enthousiaste à la pensée du peuple russe luttant face aux panzers, avec « des vieilles édentées mani(a)nt de leurs doigts noueux de rhumatismes des pistolets automatiques. » Certes, il n’a pas constaté de visu mais en adoptant des accents prophétiques, il ridiculise le tyran ce « monstre aux quatre-vingts millions d’yeux qui sont des grenades », puis il narre à la grotesque la débâcle des légions vert-de-gris : « Sur les routes de cette languissante retraite on entend le tumulte, les faux-bourdons, les cavernes, les quintes, les ronflements, les carillons des plus variées pneumonies, coqueluches, rhinites et pharyngites. Et des millions de mouchoirs gammés flottent dans le ciel (…). En vérité ils sont moins nietzschéens en ce moment, ces petits souffreteux pas rasés et un peu bossus. Ils ont même un air juif et la triste majesté des souffrants et des faibles. »
« Tanks dans l’œil de ta sœur ». Au beau milieu de sa mission, l’homme Cohen baisse cependant les bras car il ne peut pas haïr l’Allemand. Il préférerait triller avec les piafs, flâner sous les nuages, ne plus se préoccuper de la folie des hommes. « Or nous sommes dans le temps de la haine et il faut haïr. » En songeant aux écrivains russes qui ont délaissé l’art pour les messages sommaires de l’héroïsme vital, il admet qu’il faut un grand sens « du sacrifice pour accepter d’écrire sur commande des médiocrités enflammées. » Peut-être pense-t-il à lui ici qui se plie à la rhétorique de l’héroïsme par simple pragmatisme ? Sans doute mais il y met tant d’humanité que son Salut à la Russie est un texte remarquable, digne d’une belle conscience.

Salut à la Russie
Albert Cohen
Préface de Daniel
Jacoby
Le Préau des collines
(154, rue Oberkampf 75011 Paris)
78 pages, 12

Albert Cohen combattant Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°50 , février 2004.
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