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Domaine français Grand faim de vous

mars 2004 | Le Matricule des Anges n°51

En deux livres Maryline Desbiolles illustre le besoin de l’autre, cette quête aussi douloureuse dans le manque que dans l’accomplissement.

Maryline Desbiolles aime les voyages ou, devrait-on dire qu’elle préfère la fuite ? Fuite de l’échec consommé, échec de l’amour, échec du passé, en somme réaction symptomatique d’une attitude dépressive. Mais si la motivation initiale s’apparente à une lâcheté, ces voyages, cette prise de distance, cette distanciation initient une prise de conscience, une forme d’épanouissement qui donnent toute leur poésie aux textes. De fait, le départ semble la panacée des retours vers soi, quelque soit l’ailleurs d’ailleurs : géographique ou psychologique. Ces deux livres, de ce point de vue sont comme l’écho l’un de l’autre. Mieux que jumeaux, complémentaires.
« Partir comme on ne fait jamais pour de bon, mirage qui occupe tant de mots (…) Tant de menaces proférées contre ceux qui nous rivent, croit-on, tant de menaces contre nous-même, partir (…) » Le goinfre, dont on se demande quelque temps s’il est bien un homme ce malgré l’accord des genres, ambiguïté engendrée par le ton donné comme si l’auteur avait elle-même hésité à se mettre en scène s’échappe de chez lui à la suite d’un coup de téléphone, qu’on devine être de sa mère, avec un sac pour tout bagage et le sud pour unique destination. Et Bari, en Italie, en bord de mer, accueille cet expatrié qui découvre que, tout, toutes et tous ressemblent, évoquent avec force ce et ceux qu’il vient de quitter : « Plus on s’approche de l’Étranger, plus il se fait notre semblable. Nous ne savons que reconnaître » tous sauf ce personnage récurrent, qui lui ne s’identifie à personne et qui, pour cela justement attire, séduit peut-être. « Bari est un manège, je n’y ai rencontré personne que je ne connaissais déjà, Sandro je ne sais pas (…) » Sandro en fait incarne l’image de l’amour qui manque, qui fuit, l’amour dont la faim fait souffrir mais qui se refuse. Propos d’où naît également cette ambiguïté des genres, puisque l’attitude homosexuelle de ce Sandro dont on ne sait véritablement si le narrateur l’imagine ou la subit, n’est pas cause d’une nouvelle fuite mais plutôt d’un brusque retour à la réalité. Réalité où le départ n’a pas eu lieu, où le départ n’était qu’une forme de fuite fantasmée, fuite d’une réalité faite de déception (amoureuse s’entend) et de mort (de meurtre), réalité fuie à nouveau : « je n’ai pas fui, j’ai simplement perdu la mémoire, et dans ce trou de mémoire j’ai cru inventer quelque chose. » Sandro est donc le seul qui n’existe pas, tout un symbole.
Le voyage qu’introduit Vous est à destination de l’Australie, où deux enseignants français accueillent la narratrice. D’entrée, ce voyage est défini comme un prétexte au livre et, par ce biais, au contact avec l’autre, nous les lecteurs. Du coup Desbiolles s’investit personnellement et la première personne s’impose. Ici l’indécision quant au sexe est engloutie, l’inquiétude égocentrée s’efface devant une crise identitaire globale, l’auteur n’est pas seule mise en cause, même si en définitive elle est l’instigatrice de ces projections, le lecteur est pris à parti, expulsé de lui-même pour être recréé : « Ce que j’appelle « vous », le vous de vous, vous qui entendez le livre, vous qui le lisez, vous que j’invente, que j’exhorte ». Tout de suite, le jeu entre l’autre, réel (les amis) ou virtuel (les lecteurs !), le soi (conscient, le je), et les différentes projections qui interfèrent entre ces entités, loin d’aboutir à un paradoxe ou à des stratégies cognitives complexes, nous emmène dans une forme littéraire originale, à mi-chemin entre la prose délicate faite d’onirisme et de souvenirs et une réflexion sensible sur l’acte d’écriture. Un voyage donc, dans le livre, dans la vie, encore un prétexte à se fuir soi-même, pour mieux se retrouver, se découvrir et s’accepter peut-être.

Maryline Desbiolles
Le Goinfre
Seuil
122 pages, 13
Vous
Melville/Léo Scheer
77 pages, 11

Grand faim de vous
Le Matricule des Anges n°51 , mars 2004.