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Vie littéraire Enjamber les frontières

juillet 2004 | Le Matricule des Anges n°55 | par Philippe Savary

De nationalité italienne et résidant en Belgique, David Giannoni a lancé les éditions Maelström à son image : tourbillonnant et ouvert au monde.

Né à Nice en 1968 de parents italiens, David Giannoni vit depuis quinze ans à Bruxelles. Psychothérapeute le jour « pour les riches », éducateur la nuit dans un centre d’hébergement pour SDF il mène également des actions qui visent à « créer des espaces de parole pour les sans-abri », il trouve le temps de publier des livres, entre chien et loup. « Je suis dans le monde de cette manière-là », explique le fondateur de Maelström, petite maison d’édition belge, créée l’an dernier.
L’aventure de Maelström débute en 1990, à cheval entre Belgique et Italie. « Je venais de quitter le lycée à Rome pour continuer mes études à Bruxelles. » Auparavant, il s’était lié d’amitié avec des peintres, des musiciens, des réalisateurs de courts métrages italiens. Projet multi-arts, Maelström promeut le mélange des genres, s’inspirant de la Renaissance, « c’est-à-dire faire de l’éclectisme le meilleur et non une tare ». Le groupe produit des spectacles théâtraux et musicaux. Maelström prendra également la forme d’une revue bilingue (français-italien), le temps de trois numéros annuels, ouvrant ses colonnes aussi bien à Peter Greeneway, aux arts plastiques, qu’aux poètes belges Gaston Compère ou Georges Thinès. « La revue fonctionnait avec plus de soixante collaborateurs, certains originaires d’Amérique du sud ou de Syrie. C’était devenu très complexe à gérer… » Pour éviter que « l’élan ne meure », Maelström se mue alors en collection de livres avant de voler de ses propres ailes.
Le catalogue de Maelström compte aujourd’hui vingt-deux titres (romans, poésie, nouvelles). On y croise de jeunes auteurs (Chantal Deltenre, Evrahim Baran) et des noms confirmés (Gaston Compère, Daniel de Bruycker). « Je ne suis pas un intello, je ne me laisse pas prédominer par le discours », dit celui qui est entré en littérature grâce à Kafka et Poe (l’auteur d’« Une descente dans le maelström »), Borges et Buzzati, avant d’être « percuté de plein fouet » par la lecture du Mont analogue de René Daumal. David Giannoni n’entend pas figer sa ligne éditoriale. « Je suis sensible à un univers qui flirte avec le fantastique, le surréalisme, le réalisme magique. Je publie également des auteurs qui ont pour la plupart des parcours d’errance. Voilà ce qui m’intéresse, les passeurs de frontières. » Pour preuve, David Giannoni vient de publier en coédition (1000 ex.) et sous une somptueuse jaquette noire les livres de deux affranchis, géniaux inventeurs de mondes : Alejandro Jodorowski et Fernando Arrabal. Pour le premier, un recueil de poésie, Les Pierres du chemin ; pour le second, un classique, La Pierre de la folie, qui a eu l’heur de plaire à Breton. Livre fondateur du mouvement Panique (lancé par Arrabal, Topor et Jodorowski), La Pierre de la folie était épuisé depuis sa parution en 1963 chez Julliard. « Ces deux créateurs montrent bien qu’il est impossible de trouver une vérité d’expression dans une seule forme. »
Giannoni a découvert l’univers de Jodorowski par la bande. Et c’est toute une pelote qui s’est dévidée. « J’avais raconté un rêve à un ami. C’était deux pyramides qui s’enchevêtraient. Il m’a répondu que c’était le même rêve que Jodorowski raconte dans L’Incal. J’ai ensuite dévoré ses BD. » Plus tard, il déniche en Italie le premier recueil du scénariste chilien, qu’il traduit. Chemin faisant, il tisse des liens étroits avec deux autres éditeurs qui publient la poésie de Jodorowski : l’un est à Paris (Le Veilleur), l’autre à Florence (City Lights). De cette entente naîtra ce qui fait aussi la singularité de Maelström : la mise en place d’un réseau alternatif d’édition. « On s’aide. Puisque c’est plus difficile de travailler entre Paris et Bruxelles, qu’entre Paris et Marseille. » Recours donc à la coédition, échanges de photos, planning des animations en commun, mais aussi actions militantes… Les trois éditeurs, David Giannoni, Emmanuel Lequeux et Antonio Bertoli, sont les chevilles ouvrières du réseau RéÉvolution poétique, imaginé par Jodorowski. Ce sont eux par exemple qui ont commis le 11 septembre 2003 le symbolique « Attentat poétique » en mémoire des Twin towers, invitant des milliers d’anonymes du monde entier à libérer un livre comme « symbole de liberté et de générosité ». Un an plus tôt, Giannoni et Bertoli avaient bombardé la ville de Gênes de 50 000 poèmes lancés depuis le palais Ducale. « Ce sont des actes publics qui ont pour but de redonner place à la poésie dans la cité. » L’éditeur va plus loin. « La crise de la littérature, c’est la crise de ce que propose la fiction. Aujourd’hui, on a peur de rêver ou d’imaginer. Le rêve, c’est ce qu’il y a de plus réaliste. C’est ce qui transforme notre rapport au monde et le monde lui-même. Quand à une personne on modifie la perception de ses possibles, elle se remet en mouvement. »
C’est dans cet esprit que David Giannoni veut faire de sa maison d’édition « un lieu vivant ». Marqué par « les délires revuistes de Magritte ou de Nougé » et par la City Lights books à San Francisco chère à Ginsberg, l’homme a du tempérament. Il s’y emploie en organisant à Bruxelles des lectures dans des théâtres ou des cinémas d’art et d’essai. Et reste d’un oxydable optimisme « même s’il y a encore trois mois, c’était plus facile avec notre diffuseur ». Le 11 septembre prochain, il publiera, toujours avec Le Veilleur, Blind Poet de Lawrence Ferlinghetti, l’un des derniers papes de la Beat generation.

Maelström 118, rue de la Station de Woluwé B-1200 Bruxelles www.maelstromeditions.com

Enjamber les frontières Par Philippe Savary
Le Matricule des Anges n°55 , juillet 2004.
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