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Poésie Nulle part ailleurs

juillet 2004 | Le Matricule des Anges n°55 | par Emmanuel Laugier

Visages noyés

Ceux que surprit la rare puissance d’« Un Ange à ma table », le film de Jane Campion, tiré de l’autobiographie de la Néo-Zélandaise Janet Frame (1924-2004), n’auront pas oublié ces moments terriblement oppressants où une jeune fille, couverte de taches de rousseur, subit des séances d’électrochocs. Visages noyés narre sans détour la peur froide et hystérique que l’écrivain aura eue de ces traitements-là, en ayant subi jusqu’à deux cents, durant les huit ans qu’elle passa, étiquetée schizophrène, dans les pavillons 7, 2, 451, des asiles de Cliffhaven.
Durant ce bloc d’années, le bruit sourd d’une vidange intérieure suinte comme une peur mouillée. Visages noyés est enveloppé de cette odeur d’humidité, et les rares moments où l’on est à l’air libre, servent à décrire les jeux absurdes auxquels se livrent les internés, pleins de rage et de clameurs rauques, abandonnés à l’attente prostrée d’un temps scandé par le seul son de cloche du repas, jusqu’au sommeil plombé par les pilules, voire par une bonne lobotomie. On est renversé par l’attention scrupuleuse de Janet Frame, presque légère, qui ne cherche pas à placer à tout prix le lecteur face à ce qui sidère ou face à celle qui déambule dans la débilité de ses gestes. On est plutôt assis contre ceux et celles qui errent et rognent le dernier fil de leur vie, plongé comme eux devant leur bout de mouchoir, ou vérifiant méthodiquement le contenu d’un vieux sac noir, toutes les heures. Revient alors cette phrase prononcée bien avant la sortie de l’hôpital, les voyages en Europe et le début de sa reconnaissance littéraire : « J’écoutais le vent dans les fils télégraphiques. Pour la première fois, je pris conscience d’une tristesse extérieure, ou qui semblait venir de l’extérieur, du gémissement du vent dans les fils. Je parcourus du regard la route blanche et poussiéreuse et ne vis personne ». Cette phrase est typique de l’écriture de Janet Frame. Mêlée au quotidien, elle épure toute possibilité de parabole. Elle frappe droit comme « l’espèce de pic à glace qui servait aux lobotomies ». Seule l’intensité d’une telle phrase permit à Janet Frame de se sauver.

Visages noyés
Janet Frame
Traduit de l’anglais
par Solange Lecomte
Rivages poche
310 pages, 9

Nulle part ailleurs Par Emmanuel Laugier
Le Matricule des Anges n°55 , juillet 2004.
LMDA papier n°55
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