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Jeunesse L’ange noir

mars 2005 | Le Matricule des Anges n°61 | par Malika Person

Hilde Hagerup donne voix à une jeune adolescente bouleversée par la mort accidentelle de son père. Un premier roman chaotique et haletant.

Pour traduire le désespoir profond de son personnage face à la mort tragique du père mort foudroyé en mer, Hilde Hagerup prend paradoxalement le parti de mettre en scène une anti-héroïne à laquelle le lecteur ne peut au premier abord s’identifier. Ce choix autorise l’auteur à affubler Gerd Anett Larsen de multiples facettes rédhibitoires, la représentant comme une personne peu fréquentable (violences verbales, physiques, menteuse, jalouse…) rendant le lecteur dubitatif. Cependant, au fur et à mesure de la lecture, le personnage devient attachant. Non pas uniquement parce qu’elle souffre (et que le lecteur fait preuve de compassion à son égard) mais par sa clairvoyance et sa vivacité d’esprit qui n’ont de cesse d’éclairer le propos. Le monde dans lequel vit Gerd Anett Larsen, qu’elle observe de son regard incisif et qu’elle nous confie est un monde dur, taillé dans le roc par « la foudre ». Une rudesse que l’on retrouve dans le ton bourru de Gerd. Le petit village norvégien côtier où elle vit depuis toujours, sous ses allures de lieu de villégiature paisible et idéal, abrite des personnages tragiques ou pitoyables. Dans la famille et l’entourage proche de Gerd tout d’abord : une mère fantomatique, une grand-mère sans « cœur » et dictatoriale, une sœur aînée « à plaindre », devenue aphasique depuis l’accident dont elle seule a réchappé, Katja, qui trahit leur amitié dès sa rencontre avec Maja, nouvelle venue dans le village. Et puis, l’école, un lieu de « charité chrétienne », où le professeur tente de réconcilier ses élèves et de les éduquer dans le droit chemin.
Gerd, elle, ne choisit pas cette voie. Elle se définit comme un ange. Mais un ange qui a quelque chose de « noir » en elle. Elle et sa sœur sont des enfants de l’amour que ne reconnaît pas la bonne société chrétienne du village, ni même leur propre grand-mère qui les déshéritera. « Mes parents s’étaient aimés, mais c’était un péché, parce qu’ils s’étaient pas mariés dans une église, et j’avais pas de nom, parce que j’étais pas baptisée. » Gerd n’a pas d’héritage, ni le nom du père, base symbolique nécessaire à la construction de soi, ni la maison de la grand-mère, ni même une tombe sur laquelle se recueillir. « Il est pas revenu et ils l’ont toujours pas trouvé. Il y a un cadavre dans la mer, et c’est le père de Gerd. » Elle est consciente de sa différence. Elle n’a pas d’autre choix que d’emprunter un autre chemin.
Les déchaînements des éléments naturels (foudre, tempête) sont des éléments emblématiques du texte d’Hilde Hagerup, qui renforcent l’idée du chaos qui envahit son personnage. Dès le premier chapitre, le lecteur est plongé dans l’imaginaire violent de la jeune fille, dans ses suppositions fantasmatiques quant au déroulement des événements qui ont précédé la mort de son père. Gerd est à la recherche d’une vérité qui va lui permettre de transcender cette mort qui l’emprisonne et empêche sa métamorphose, son devenir de jeune femme. Cette quête initiatique qu’offre Hilde Hagerup à ses lecteurs est prenante, surprenante dans le sens où le texte exerce un effet quasi hypnotique. Quelles limites peut encore franchir l’héroïne qui ne la rende complètement irrationnelle ou suicidaire à nos yeux ? Le rapprochement de Gerd avec la nature, sa fascination pour la puissance phénoménale de la tempête et de la foudre autorisent des situations extrêmes imaginées par l’adolescente ou vécue par elle. Une imagination d’où parfois émerge une prose poétique inattendue qui ajoute un temps suspendu dans ce roman haletant où les événements s’enchaînent à vitesse grand V. « Je me suis dit que ma sœur est une tasse d’Espagne. Et j’ai eu peur que quelqu’un la repose trop brutalement sur un plan de travail de cuisine ou la fasse tomber de la vitrine. J’ai eu peur que ma sœur se brise, se fende ou s’ébrèche. (…) Ma sœur est une tasse d’Espagne. »

Quelque chose
que je regrette

Hilde Hagerup
Traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier
Le Seuil
219 pages, 12

L’ange noir Par Malika Person
Le Matricule des Anges n°61 , mars 2005.
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