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Domaine français Des escales magnifiques

mars 2005 | Le Matricule des Anges n°61 | par Camille Decisier

Un récit marin et un roman terrestre à tiroirs : deux facettes d’un écrivain voyageur, amoureux fou de la mer et simplement amoureux.

Il est difficile d’évoquer Bernard Mathieu sans être ramené au sable, au sel, à l’odeur des algues, au bruit de l’hélice, aux ports. Les histoires de la mer, ce qu’elle a à dire, hurlement ou chuchotis, c’est l’objet de plusieurs de ses précédents livres, dont le magnifique Cargo, sous-titré « Journal d’une traversée océanique », daté de 1986 et réédité par Joëlle Losfeld dans la très seyante collection « Arcanes ». Pourtant, il semble qu’aujourd’hui l’homme de la mer accoste. Et, par un joli jeu de miroir, c’est sous le signe du ciel qu’il choisit de placer son dernier ouvrage, une composition à mi-chemin du roman et du recueil. Une sorte d’escale. Dix épisodes de la vie d’un homme qu’on devine être le même, pas seulement parce qu’il dit « je », mais aussi à sa manière de se promener dans le monde, de balancer son regard en avant. Étrange narrateur, simple et compliqué, aussi naïf que comploteur, escroc à la petite semaine, amoureux transi ou en transition, criminel, scrutateur de la nature en perpétuelle balade. Mis bout à bout, les chapitres lui tracent un itinéraire insolite, sous un ciel effectivement en zigzag : on croit faire connaissance avec un filou rusé, trafiquant de robes de mariées dans les provinces bourgeoises. Vingt pages plus tard, le voilà en plein été sur le circuit du Mans, pour vingt-quatre heures de sueur, de merguez-Kronenbourg et de remugles d’essence, en quête d’un improbable amour de jeunesse devenue strip-teaseuse. « Ça faisait comme un gros gâteau de viande fondu par un soleil trop fort, et le bruit rugissant des voitures qui passaient en hurlant pour les essais ultimes d’avant la course ressemblait à la clameur de mouches enragées par la proximité de cette énorme masse de bidoche. Elles tournaient, tournaient autour de ce monstrueux festin en attendant de se jeter dessus. » Troisième acte : revendeur de voitures à la provenance plus qu’imprécise, il frôle la mort en hélicoptère pour avoir lorgné d’un peu trop près la femme d’un client. Puis, convoyeur de fret en trois-tonnes « de la région Rhône-Alpes jusqu’à la Vénétie », il bénéficie des faveurs d’une pute d’autoroute réfugiée dans la carcasse d’un camion, sorte de sirène du rail de sécurité. L’homme, pour le moins, s’éparpille, audacieux, polyvalent, inventif ; il n’en rêve pas moins de rencontrer celle à qui il fera trois enfants ou plus, de quoi peupler un pavillon banlieusard et avoir envie de rentrer chez soi le soir. Ce sera Isabelle, l’intello un peu renfrognée, un peu lunatique, séduite de justesse dans un train de nuit, sur les couchettes du haut. « J’avais attendu un long moment que la parole lui revienne, mais elle n’était pas revenue. Je me sentais idiot, suspendu ainsi au-dessus du vide, cramponné à la moleskine glissante pour ne pas me casser la gueule et réveiller les deux autres endormis au-dessous. » Mais il ne se casse pas la gueule, embrasse Isabelle. Alors, c’est Isabelle, l’amour fou, jusqu’à Brasilia, jusqu’à la fin, inquiétante.
L’écriture de Bernard Mathieu est pleine d’accents et d’à-propos ; elle sait se faire lyrique ou burlesque, parfois en même temps, et reproduire la voix de ceux qu’elle évoque. C’est l’écriture exclamative d’un homme que l’on devine en étonnement incessant, en permanente redécouverte des éléments et des sentiments, liés par une troublante parenté. La parution simultanée de ces deux titres donne une idée du champ de ses possibles. Dans l’un, on parle alidade de bâbord, bâbord de la bigue, exocets, arbre d’hélice ; Sous un ciel en zigzag relate un voyage plus familier, mais qui sonne encore lointain. Parce que finalement, traverser la vie, c’est un peu traverser les océans. Le marin roux de Cargo le dit mieux que ça : « Ce pourrait être la mer du Nord, la Baltique, un temps d’hiver à coller le cafard, mais c’est l’été… C’est compliqué la mer, ça a l’air simple : de l’eau et le ciel par-dessus, pourtant c’est fichtrement compliqué. »

Bernard Mathieu
Sous un ciel
en zigzag

132 pages, 12
Cargo
198 pages, 10
Éditions Joëlle Losfeld

Des escales magnifiques Par Camille Decisier
Le Matricule des Anges n°61 , mars 2005.
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