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Domaine français Chinoiserie glacée

octobre 2005 | Le Matricule des Anges n°67 | par Thierry Guichard

Jean-Philippe Toussaint sait écrire des histoires. « Fuir » se lit d’une traite, mais ne laisse rien de sa lecture. Superficiel et lisse, le roman n’accroche pas.

Un homme vient quinze jours en Chine. Entre autres pour rendre service à Marie sa compagne avec qui ça ne va pas très fort. Il s’agit d’apporter une enveloppe de 25000 dollars à une relation, un mafieux chinois comme on n’en voit qu’au cinéma. Transporter 25000 dollars sur soi ne doit pas être une mince affaire, mais le héros prévient : « je n’ai pas envie d’entrer dans les détails ». Dommage pour nous ! Mais on comprend qu’une histoire est plus facile à raconter quand on n’entre pas dans ce genre de détail-là.
Notre homme donne son enveloppe, Zhang Xiangzhi lui offre un téléphone portable qui jouera son rôle et les deux vont à l’hôtel. Quelques jours plus tard (les vacances de notre héros ne sont guère palpitantes), Zhang Xiangzhi propose à son hôte d’aller voir une exposition d’art contemporain. Là, notre homme rencontre Li Qi qui est belle, puisqu’il ne se pouvait pas qu’elle ne le fût pas. Chabada bada sur un banc, entente des yeux, sourire « qui nous venait aux lèvres de manière irrépressible depuis que nous nous parlions », et quand la musique est trop forte obligation de se rapprocher pour s’entendre : « je continuais de lui parler à voix basse en frôlant ses cheveux de mes lèvres ». Jean-Philippe Toussaint guide son lecteur à travers les rails de codes bien établis, on appelle ça des clichés. Du coup, le lecteur peut chausser ses charentaises et se servir un bon cognac (on imagine mal le lecteur de ce genre d’histoire boire du rouge qui tache)…
La belle propose au conquis de partir avec elle le lendemain pour Pékin. Mais notre homme, à l’heure d’embarquer, découvre que Zhang Xiangzhi les accompagnera. Dans le train de nuit, le touriste connaît quelques frissons d’extase aux bras de la Chinoise. La scène est jolie : le train va vite, tout le monde dort, Li Qi éveillée et lui tout autant s’embrassent assis par terre avant d’opter pour l’intimité du cabinet de toilette. Mais, hélas, vingt fois hélas, le portable sonne dans la nuit.
Arrêtons-nous et faisons un sondage. Messieurs, vous êtes avec Li Qi, qui est fort belle et vous embrasse, elle a de jolis seins (c’est dans le cahier des charges), elle est fougueuse (idem), tendre (idem), chaude (…), le téléphone sonne à l’extérieur des toilettes. Que faites-vous ? Petit a : vous laissez tomber Li Qi et vous vous précipitez sur le téléphone ; petit b, vous laissez tomber le téléphone et continuez à explorer le corps de la belle ?
Notre héros sort des toilettes et prend la communication. On n’y croit pas, mais après tout le narrateur peut faire partie de la minorité qui aura répondu petit a au sondage ci-dessus.
C’est Marie qui appelle depuis le Louvre (description en panorama glamour du décor) : son père vient de mourir. Très intuitif, notre héros : « avai(t) toujours su inconsciemment que (s)a peur du téléphone était liée à la mort », probablement a-t-il peur aussi des télégrammes… Abasourdi, il reste assis là, Li Qi n’a plus qu’à se rhabiller. Marie continue de parler, puis s’en va du Louvre et son fiancé, depuis Pékin l’entend marcher. C’est beau, mais un peu vain. À Pékin comme à Paris, la prose s’enfile quelques descriptions de cartes postales, s’arrête sur des tableaux typiques (d’une Chine en perpétuelle construction).
Toussaint excelle à décrire certaines scènes, comme celle du réparateur d’aquarium dans le restaurant de Pékin. Mais on ne pénètre jamais au-delà de ce qui est décrit, comme si la page était devenue imperméable. On assistera à une poursuite plus esthétique que réaliste (essayez donc de faire des dérapages à trois sur une moto), à quelques belles pages sur le sentiment d’être étranger au monde et surtout à une magnifique scène finale, certes très chargée symboliquement, mais qui laisse des regrets : celui d’un roman qui aurait été plus habité et moins lisse. D’un roman où l’expérience d’être vivant l’emporterait sur les chromos…

Fuir
Jean-Philippe
Toussaint
Éditions de Minuit
186 pages, 13

Chinoiserie glacée Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°67 , octobre 2005.
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