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Domaine français Scènes de vie

février 2006 | Le Matricule des Anges n°70 | par Didier Garcia

Les éditions Horlieu poursuivent leur travail de résurrection en publiant « Livres des pirates », le seul ouvrage de Michel Robic, auteur oublié des avant-gardes des années 1960-1970.

Livres des pirates

Voici une réédition qui réjouira tous ceux qui pensent que l’on a eu tort de vouer à l’oubli des pans entiers de la production littéraire des années 1960-1970, laquelle ne s’est pas bornée à de simples expérimentations, mais qui a su, dans ce qu’elle a laissé de meilleur, produire des livres singuliers travaillés par une langue.
Celui de Michel Robic (qui vit aujourd’hui en Angleterre) est un livre compliqué qui se lit facilement : on peut donc le lire intégralement sans en saisir le sens, sans jamais s’y retrouver dans toutes les intrigues qui se mêlent, sans savoir exactement de quoi il s’agit : d’une façon de conte, dont le contrôle échapperait totalement à son auteur ? d’une histoire de meurtre ? d’un enregistrement sonore ? d’un scénario ? Sans doute de tout à la fois. Pendant longtemps, on a affaire à deux personnages, il et elle, auxquels s’ajoute bientôt la présence du narrateur ; quant au cadre : un palais, posé quelque part sur un rivage sans nom. Mais on comprend bien vite que l’essentiel est ailleurs : dans la langue, dont on ferait volontiers le protagoniste. Et si l’on ressort de ce livre décontenancé, le mieux c’est encore de suivre le conseil du narrateur : « il faudrait que l’on veuille bien consentir à relire, lentement, les deux premiers livres. Aux lecteurs perspicaces de reconnaître les passages qu’il conviendra de sauter. »
Alain Fabbiani, aux commandes des éditions Horlieu, apporte son éclairage.

Comment ce livre a-t-il été reçu en 1964 ?
Je ne sais pas et je ne m’y suis pas intéressé. J’ai eu connaissance de ce texte à la lecture du livre de Mathieu Bénézet, Le Roman de la langue, qui lui consacrait un chapitre. On pouvait y lire : « Livre de toutes sortes de recels, de contrebandes, de pillages littéraires. La piraterie consistant (encore) à arraisonner d’autres corps, d’autres voix, d’autres histoires, à se les approprier, à les captéliser, à les faire verser sur son compte. Qui dit je désormais ? On vous convie à le découvrir. Autrement dit : on vous convie à vous découvrir. » Mais le livre avait déjà disparu de la circulation, et c’est bien plus tard, en 1999 je crois, que Jean-Claude Montel me procura l’exemplaire qu’il conservait dans sa bibliothèque. Le livre à peine refermé j’ai su que si j’en avais la possibilité je le publierais. Mais à l’époque les éditions Horlieu n’existaient pas et je ne savais rien de l’auteur. Aujourd’hui, je n’en sais pas beaucoup plus, sinon qu’en 1964 c’était un tout jeune homme quelque peu à l’écart des groupes littéraires même s’il a, par la suite, publié quelques textes dans la revue Tel Quel.

Pourquoi reprendre ce livre aujourd’hui ?
Que sont quarante ans ? On lit, à juste titre, la littérature du XIXe siècle, et on ne pourrait plus lire un livre publié il y a « seulement » quarante ans. Je vois là l’effet d’un jugement porté sur cette époque dite des « avant-gardes », ramenée à la seule destruction de la littérature, avec cette conséquence d’éloignement des lecteurs. Moment d’égarement donc, ou impasse dont il nous faudrait revenir. Rien n’aura eu lieu. En fait ça n’existe pas. Je pense ici à cette anecdote concernant Schoenberg, ce grand « destructeur » de la musique, qui s’est vu refuser par une société musicale viennoise la première audition de La Nuit transfigurée au prétexte que s’y trouvait un accord qui « n’existait pas ». Ce à quoi Schoenberg répondit, non sans humour : « Evidemment, on ne peut pas jouer quelque chose qui n’existe pas » ! Cette table rase de la « table rase » s’est accompagnée (a permis ?) du retour massif de ce que Claude Ollier a appelé le « roman romanesque » (je ne parle ici que de la situation française). Si ce jugement sur « les années 70 » n’est pas à rejeter intégralement, je pense qu’il doit être divisé, c’est dire que certains livres d’alors ont toute leur place dans nos bibliothèques. Mais au fond, n’est-ce pas ce qui est en train de se produire ? Je pense à la réédition, chez P.O.L, des livres de Danielle Collobert. D’autres suivront : Melencolia de Jean-Claude Montel, Non rien d’Agnès Rouzier ou encore le Livre partagé de Pierre Rottenberg. La liste n’est pas close.

Revenons au Livres des pirates
Ce livre c’est d’abord l’invention d’une forme de récit. Si je reprends la distinction, introduite par Claude Ollier dans Cité de mémoire, entre le récit fondé sur les continuités du personnage, de l’histoire, des enchaînements, de l’espace, du temps, et celui contestant ces continuités et intégrant les failles et les ruptures, disons que les Livres des pirates appartient à cette deuxième catégorie. C’est ensuite véritablement une langue et que faire de mieux, ici, que de vous donner à lire un extrait : « Par hasard, ce combat. J’avais fait irruption tard dans la nuit précédente, peu avant l’aube, sur ce plateau fertile dont j’ai retourné, soulevé, puis lancé les cailloux, mutilé des arbrisseaux ou bien, couché à plat ventre, je frappais le sol et j’arrachais de l’herbe par poignées, griffant la terre que j’incrustais le plus possible sous mes ongles, par dépit, triste au bord de la rage non contre vous qui m’aviez repoussé, mais rempli de fureur envers le socle qui me portait toujours, suppurant d’humus et de larves, mon cœur empoisonné de pointes, malade. » (p. 179)

Livres des pirates
Michel Robic
Éditions Horlieu
256 pages, 20

Scènes de vie Par Didier Garcia
Le Matricule des Anges n°70 , février 2006.
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