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Vu à la télévision Je désire que Madame soit belle

mars 2006 | Le Matricule des Anges n°71 | par Chloé Delaume

La morphologie d’un programme de télé-réalité est très proche de celle du conte selon Vladimir Propp. Les trente et une fonctions y sont, croyez-moi sur parole. Pour ceux qui auraient raté le début : « Par fonction, nous entendons l’action d’un personnage, définie du point de vue de sa signification dans le déroulement de l’intrigue ». À l’instar du conte merveilleux, le programme de télé-réalité se développe à partir d’un manque ou d’un méfait initial, jusqu’à sa réparation finale.

Si le conte s’achève par la formule Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants susurrée par le narrateur omniscient, le programme de télé-réalité implique que l’expression C’est que du bonheur soit prononcée un minimum de onze fois par minute par le présentateur, le héros triomphant et ses adjuvants (candidats alliés, famille, amis, SMS surtaxés). Mais ceci mis à part, on peut jouer du calque sur les grilles de lecture, les variantes font partie de la structure même du système.

Quatre jeudis, M6 à 20h45 : En voilà des manières. Adaptation comme d’habitude, cette fois le concept est anglais, Ladette to Lady. Audrey Hepburn et Cendrillon, les vilains petits canards crèvent de la grippe aviaire alors autant prendre pour marraine au plus vite la télévision. « Huit jeunes femmes d’aujourd’hui plutôt fâchées avec les règles élémentaires de savoir-vivre vont se préparer à ouvrir le bal Louis XIV, l’un des événements majeurs du gotha européen ». Il était donc une fois huit archétypes dotés de clitoris et de pedigree non avenu qui voulaient devenir princesse et être juste la plus belle pour s’en aller danser. Un rêve de petite fille. Vivre une grande aventure. Vivre un rêve. Etre un peu comme dans les Mille et une Nuits. Ce sont leurs mots à elles. Je ne sais pas si les mots qu’elles prononcent dans le poste leur appartiennent, d’ailleurs. Les candidats des programmes de télé-réalité signent toujours un contrat dans lequel ils abandonnent à la production leurs droits à l’image pour une durée de dix ans. Dix ans durant lesquels peut s’effectuer le recyclage, tranches de vie tranches de viande, zappings autophagiques menu best of graisses saturées en savonnettes. Avide est la télé salivant au sommet de la chaîne alimentaire. Pour les mots, je ne sais pas. Peut-être que je leur vole la seule chose qui leur reste, du coup.

Le casting est parfait. Ça caquette la banlieue et l’affreux mot de province s’incarne aux inflexions des lèvres trop maquillées. Il y a la sauvageonne, la fifille à maman qui a très mal tourné, la quand même un peu moche, la boulotte insolente, la masculine, la qui rote, la qui t’emmerde Madame et la qui ressemble à Marthe Villalonga. Mais alors à un point, dingue. Il y a les professeurs, archétypes inversés : les cours sont de maintien, de savoir-vivre, de diction, de danse. Ces gens-là sont très motivés, ils ont envie de transmettre. Des idées, des valeurs, savoir-faire savoir-vivre, c’est le créneau de M6, le producteur des programmes phares de la chaîne l’a dit, clairement, il y a cinq mois : Il n’y a plus de transmission mère-fille. Nous proposons le savoir-faire et les conseils d’experts. Les experts ils en ont des tas, capables de vous dompter un môme hyper actif sans Ritaline et de vous sauvez l’émail de la baignoire cradingue d’un dépressif juste avec du vinaigre blanc.

Durant un mois, le troupeau de bestioles reste dans un château où leur sera inculqué tout ce qui leur fait défaut et qui est si utile quand on veut progresser dans la vie. Comme s’extraire d’une BMW en jupe courte sans montrer sa culotte au voiturier, danser la valse avec grâce, composer de charmants chemins de table ou servir les convives déguisée en bonniche. La noble de pacotille, enthousiaste : ça lui allait très bien, elle était parfaite en soubrette un peu coquine. Des trucs utiles quoi. Surtout pour leur avenir. Transmettre à la société des valeurs et des savoir-faire, réparer les dégâts et reconstruire la France. Créer des vocations et des cerveaux si tendres qu’on peut se voir dedans. Ils ont une nostalgie étrange et l’amnésie cérémoniale des sœurs Papin.

C’est la garçonne qui a gagné, il faut féminiser les ménagères déviantes, Je n’ai jamais porté de jupe, le manque et le méfait initial, C’est la première fois que je mets des talons, la restauration finale : J’ai des envies de femme, j’ai des désirs de femme et envie de croquer la vie à pleines dents. C’est la fin de l’histoire et c’est d’après tout le monde vraiment que du bonheur. Quand c’est que du bonheur dans le crâne d’un humain il est plus réceptif aux messages diffusés par la télévision. Le jeudi du dernier opus d’En voilà des manières, l’écran publicitaire de M6 propageait ce slogan dans 2 586 880 cerveaux préparés Chaque mois, une femme sur cinq est trahie par sa serviette. Il faut que ça change. Voter Nana. Ce qui est bien avec M6, c’est qu’en suivant tous leurs préceptes on a des bases concrètes pour sauver le pays et ses administrés…

Je désire que Madame soit belle Par Chloé Delaume
Le Matricule des Anges n°71 , mars 2006.
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