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Domaine étranger Joyeux foutoir

mars 2006 | Le Matricule des Anges n°71 | par Thierry Guichard

Chantre de l’avant-garde des années 70, compagnon d’écriture de R. Federman, Ronald Sukenick fait dès son premier roman l’apologie d’une liberté totale.

Publié pour la première fois en 1968 aux États-Unis, Up pourrait être une radiographie de l’Amérique artistique des années de la révolution sexuelle et des protest songs, avant le règne de la publicité sur les idéologies. Mais cette radiographie serait celle d’un infirmier éméché et sujet à l’hallucination : flou, le cliché ressemble à un kaléidoscope de textes enchevêtrés, se chevauchant, s’éparpillant, se répondant. Le lecteur là-dedans avance comme à la fin d’une fiesta tonitruante, quand les bouteilles sont vides et qu’on a égaré ses clés… On se perd plus d’une fois dans ce méli-mélo qui joue des registres les plus variés de la langue pour nous faire tanguer entre sérieux et rigolade. On donnerait volontiers mille dollars à la première personne capable de mettre de l’ordre dans les quatre cents pages de cette fantaisie-là. Elle se fera aider par l’auteur lui-même qui soumet plusieurs fois dans le livre une critique de ce qu’on lit (et même de ce qu’il écrira dans les pages suivantes) : « Ce premier roman dû à un écrivain manifestement talentueux et intelligent constitue une nouvelle contribution à ce genre judicieusement qualifié de « farce rebelle », si brillamment inauguré par des hommes comme J.P. Donleavy et Joseph Heller. » Si Ronald Sukenick (1934-2004) use de l’auto ironie, son projet littéraire n’en demeure pas moins sérieux puisque l’homme créa, avec d’autres, la maison d’édition The Fiction collective et le magazine American Book Review chargés tous deux de mettre en lumière l’avant-garde littéraire. « Le roman recourt, dit un critique imaginaire, à l’artifice, maintenant des plus conventionnels, de l’intrigue qui ne croit plus en elle-même en tant que moyen d’approche de la réalité et qui, de ce fait, n’ambitionne pas d’être prise très au sérieux. » Ainsi le narrateur s’approprie les aventures d’un héros de comics : Strop Banally auquel il donne naissance et la capacité de sauver le monde et séduire (euphémisme) les plus belles femmes. Personnage fictif, Banally s’incarne toutefois dans la réalité pour tenter de chiper à Sukenick lui-même les deux jeunes femmes qu’il convoite lors de l’avant-dernière « party » du roman (la dernière fête est organisée pour arroser la fin très proche du livre qu’on est en train de lire…).
Abandonnons toute tentative de résumé puisque l’auteur nous l’autorise : « on n’est pas obligé de suivre platement l’ordre chronologique. Merde, c’est pas un indicateur des chemins de fer que j’écris. » Malgré une traduction parfois nonchalante (réalisée en 1973 pour la première édition française), Up aligne quelques épisodes d’anthologie. Ainsi du récit que le narrateur fait de son travail à l’hôpital où on lui confie le cadavre d’un bébé mort-né : « On me l’a bien emballé dans une grande boîte de carton avec une ficelle autour. Exactement comme pour une paire de chaussures ». Le trajet de la maternité à la morgue (tout un symbole !), via les sous-sols, lui permettra de se remémorer quelques scènes de son enfance juive ou de surprendre dans les recoins des couloirs des scènes de la vie sexuelle de l’établissement.
Le roman explore des relations homme-femme en pleine révolution : le désir, érigé de manière rabelaisienne, voudrait croire en une liberté sexuelle que l’éducation et la jalousie entravent. C’est drôle et Sukenick excelle dans ses dialogues : « J’ai été plutôt surpris, lui dis-je, quand j’ai appris que tu avais épousé Slade tellement surpris, que je ne l’ai pas été beaucoup quand j’ai appris que vous aviez divorcé. »
Les trouvailles sont nombreuses et malgré le côté patchwork du roman, le lecteur gardera en tête quelques pages savoureuses : la chasse à un scorpion d’eau de cinq centimètres (« Hemingway les éléphants moi les scorpions d’eau »), une partie de cerf-volant, et la drague perpétuelle, débridée et, au final, tellement narcissique qu’elle annonce l’individualisme des années suivantes.

Up
Ronald Sukenick
Traduit de l’américain par Michel Pétris
Avec la collaboration
de Richard Atkinson
Al Dante
396 pages, 24

Joyeux foutoir Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°71 , mars 2006.
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