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Domaine étranger La crème des célébrités

mai 2006 | Le Matricule des Anges n°73 | par Thierry Guinhut

Iconoclaste et mondain, l’Américain Gore Vidal, auteur d’« Un garçon près de la rivière », rassemble ses souvenirs du siècle.Avec du talent et des paillettes.

Palimpseste : Mémoires

Peut-on accepter que toutes les règles de l’autobiographie soient ici bafouées ? Rien de traditionnel et de confortable comme le recours à la plus élémentaire chronologie, de la naissance à l’âge mûr, en passant soigneusement par l’enfance de l’écrivain… Pas la moindre cohérence géographique : on saute de New York à Tanger, de Rome à la Virginie à donner le vertige. Rien de ce « pacte autobiographique » tel que théorisé par le critique Philippe Lejeune et qui nous permettait d’être sûrs que l’auteur nous dise toute la vérité. Sans compter cette propension qu’a Gore Vidal à entasser des pages sans cesse menacées d’être retouchées : Palimpseste provisoire, susceptible d’être réécrit, corrigé par un plus scrupuleux biographe.
Et pourtant elle tourne ! Même si le romancier américain prend le soin de distinguer autobiographie et mémoires, qui, elles, « retracent ce qu’un individu retient de sa vie », la dimension autobiographique qui « appartient à l’histoire, car elle exige des recherches, des dates et une double vérification des faits », est ici, bien qu’éclatée, plus efficace que l’habituelle narration d’une vie de A à Z. C’est dans un véritable tourbillon que, dès les premières pages, nous sommes emportés. Le tourbillon piquant d’un autoportrait, plein d’humour, de surprises. Car l’auteur, petit-fils de sénateur, né en 1925 parmi les familles les plus prestigieuses de l’intelligentsia politique des États-Unis, fait s’entrechoquer des personnalités aussi chatoyantes, contradictoires, que les écrivains Tennessee Williams et Anaïs Nin, ou, cerise sur le gâteau, les Kennedy. Avec mordant et ironie, Gore Vidal dresse un tableau non conventionnel de la vie politique. À l’écrivain notoirement homosexuel, rien n’échappe de ce milieu qui aurait dû être exemplaire : divorces, adultères, scènes grivoises où l’on voit par exemple « JFK » copuler avec une actrice « dans un bain chaud » en lui poussant la tête sous l’eau : « Bilan : spasme vaginal pour elle et orgasme pour lui ».
On ne réduira cependant pas ce fort volume à une anthologie d’anecdotes croustillantes. Gore Vidal, qui fut l’un des rares écrivains aux États-Unis à se prononcer contre la guerre en Irak, manifeste ici un appétit de vie qui n’a d’égal que son talent d’observation humaine et sociologique. Ce tableau sans cesse en mouvement des mœurs américaines débridées est loin de l’étiquette puritaine que l’on veut bien coller à la côte est. Les célébrités s’affichent peu reluisantes, et si l’on aime le jeu de massacre, notre écrivain amusera durablement son lecteur.
Certes, l’on peut parfois être excédé par le parfum d’autosatisfaction qui baigne celui qui se hausse ainsi du col, qui prétend être à l’origine de l’élection de Reagan, et vend au plus offrant son intimité avec les Kennedy. Les salons, couloirs et placards à balais de la maison blanche paraissent n’avoir aucun secret pour lui. Beau jeune homme issu du Sud aristocratique, abondamment cultivé, fêté par les médias et couvert de succès, après ses romans historiques ou ses scénarios (Ben Hur) il va jusqu’à écrire sans vergogne En direct du Golgotha. N’en jetez plus… C’est en 1948 que son livre Un garçon près de la rivière fit un beau scandale : l’homosexualité s’y affichait à plaisir. Il a connu Cocteau, passé la nuit avec Kerouac ; mais aussi côtoyé Fellini qu’il appelle familièrement « Fred ». Ces Mémoires, confortées par un indispensable index, sont un Who is who ? portatif, une Ménagerie des hommes illustres pour reprendre un de ces titres qui parodiait ce grand classique : les Vies des hommes illustres de Plutarque. Gore Vidal l’avoue : « la littérature, je le crains, sujet sérieux que je n’arrive pas à prendre très au sérieux ».
Il y a du conteur, du hâbleur et du cabotin chez Gore Vidal, écrivain géant capable de brasser un monde avec la légèreté du prestidigitateur, et petit colporteur de ragots plus ou moins glorieux.

* Du même auteur, Galaade réédite deux romans : Julien (598 p, 21 ) et Kalki (308 p., 15 )

Palimpseste.
Mémoires

Gore Vidal
Traduit de l’anglais (États-Unis)
par Lydia Lakel
Galaade Éditions
640 pages, 25

La crème des célébrités Par Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°73 , mai 2006.
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