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Poches Le testament d’Irène

juin 2006 | Le Matricule des Anges n°74 | par Françoise Monfort

Avant de disparaître à Auschwitz, Irène Némirovsky disséqua, sur le vif et sans complaisance, le drame français sous l’Occupation.

En couronnant pour la première fois de son histoire un auteur disparu, le prix Renaudot 2004 fit grand bruit dans le Landerneau des lettres. Pourquoi, s’élevèrent certains, ne pas décerner un prix à un inédit de Dumas ? Cette querelle de clochers ceux de Saint-Sulpice et de Saint-Germain-des-Prés aurait sans doute faire sourire Irène Némirovsky. Pour cette jeune fille russe délaissée par une mère frivole l’écriture fut avant tout une nécessité. Un radeau dans la tourmente qui la chassa une première fois de son pays en 1918 puis du Paris occupé en 1940.
« Tempête en juin » inaugure cette Suite française en décrivant la débâcle nationale à travers plusieurs personnages. Après avoir jeûné vingt-quatre heures sur les routes, un romancier à succès se réfugie à Vichy. Là, dans le bar de grands hôtels immuables, ministres et académiciens reconstituent l’ancien monde autour d’un Martini. Chez les Péricand, famille de grands bourgeois parisiens dominée par un aîné curé et Charlotte, mère toute pénétrée de sa bonne conscience, on écoute religieusement la TSF, bercés par la voix du speaker qui relate l’avance ennemie d’un ton « léger, ironique et méprisant ». On espère. On prie. Mais, un jour, il faut s’en aller en emportant l’argenterie et le beau-père. Perdant peu à peu repères et sens du devoir, Charlotte oublie le vieillard impotent dans un bombardement puis, enfin arrivée à Nîmes, s’apprête à célébrer ses chers disparus sous son voile noir lorsque Hubert, son deuxième fils que l’on croyait mort, réapparaît devant elle. « Et ta bicyclette ? Où est ta bicyclette ? » l’admoneste-t-elle une fois remise du choc.
L’acuité du regard de Némirovsky rend son lecteur schizophrène. D’une part on compatit au malheur de ces gens, de l’autre on rit intérieurement de leur petitesse écœurante épinglée par ses sarcasmes. Surtout, on admire ce jeune écrivain de 37 ans pour avoir su disséquer in vivo le drame français. « Tout ce qui se fait en France dans une certaine classe sociale depuis quelques années n’a qu’un mobile : la peur » lit-on dans ses notes publiées en Annexes. Il est vrai que, à l’exception d’un couple modeste sans nouvelles de leur fils mobilisé, cette « trouille » anime tant ses personnages qu’on regrette de voir son récit tourner au reportage.
Deuxième partie, « Dolce » arrive à point en faisant éclater le talent et la maturité de Némirovsky. Si elle s’est aidée de Guerre et Paix pour décrire la fuite devant l’envahisseur, on reconnaît dans « Dolce » l’influence de Maupassant l’un de ses auteurs préférés avec Oscar Wilde. Même indulgence sous le trop-plein de lucidité, même sensibilité à la nature, souci partagé de dépeindre au plus près mais en nuances la complexité de la condition humaine exacerbée par la guerre. Un bourg du Morvan, celui où elle écrit concomitamment, se soumet au joug allemand qui ravive les tensions entre les composantes d’une société quasi médiévale. Les métayers haïssent les propriétaires terriens à particule qui eux-mêmes se méfient des bourgeois résidant au village. On se positionne par rapport à l’occupant. Deux figures féminines émergent de cette humanité en déroute. La vicomtesse de Montmort, dame patronnesse en mal d’évangélisation, incarne la tendance de ceux qui « accusaient de tous leurs maux l’esprit de jouissance du peuple ». Lucile Angellier, épouse mal mariée à un prisonnier, s’éprend d’un officier allemand mélomane. Orgueilleuse, elle refuse de céder à sa passion mais lorsqu’ils se retrouvent seuls, les deux jeunes gens condamnent amèrement cet « esprit de ruche » qui entrave leur destin. Celui d’Irène Némirovsky ne sera pas épargné par l’État français. Considérée comme juive en dépit de sa conversion au catholicisme, bolchevique bien que ses parents aient fui la Révolution, apatride donc, elle est déportée puis assassinée à Auschwitz le 17 août 1942. Ses manuscrits seront conservés dans une valise qui accompagnera les errances de ses filles entre deux cachettes. Ses notes révèlent que Suite française devait comporter une troisième partie intitulée « Captivité ». « Pour les deux dernières », ajoute-t-elle, « c’est le secret de Dieu et je donnerai cher pour le connaître ».

Suite française
Irène Némirovsky
Folio
573 pages, 8

Le testament d’Irène Par Françoise Monfort
Le Matricule des Anges n°74 , juin 2006.
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