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Domaine français Passer aux aveux

juillet 2006 | Le Matricule des Anges n°75 | par Philippe Castells

Je pense à vous, l’assertion n’est pas gratuite, ni innocente, se souvenir des autres c’est parler de soi, prendre le chemin de la biographie et la grimer en mémoire collective. C’était le temps de la java bleue, pour les vieux, le temps des Rolling Stones, pour les jeunes, c’était le temps d’une campagne quiète : « Si le monde est une erreur, c’est une erreur paisible ». Pourtant ce sont tous les malheurs quotidiens que Michel C. Thomas évoque, mais comme figés dans la sérénité de la nature où ils ont cours, comme intégrés dans cette nature même. Ici l’homme ne se révèle, ou en tout cas prend un relief que la mémoire retient, que sous l’éclairage de l’adversité : l’orage qui tue les bêtes, ces bêtes qui, en attendant la bétaillère des équarrisseurs, pourrissent, et empuantissent le village, la rancœur que l’on a (un peu mesquine sans doute) contre celui qui a perdu le plus de têtes et donc qui pollua le plus l’atmosphère, les malformations des uns, les maladies des autres… Et puis, en contrepoint, sont évoqués Rilke, Pessoa, Rimbaud, Van Gogh, Maïakovski, pas tant pour leurs œuvres que pour leur vie, la quotidienneté qui les encombre aussi, les petits travers : les déprimes, les troubles obsessionnels compulsifs, la synovite… dont ils furent victimes. La présence des artistes dans cet univers particulier que recrée l’auteur, souligne tout l’estimable, toute la beauté qu’il y a dans l’aventure humaine commune. Tout cela mis sur un même plan, sur une même échelle, des images qui « même dans la débâcle gardent leur calme ». Et c’est en quelque sorte un vaste conte que narre Thomas, plein d’une poésie bouleversante. « Si peu qu’on frôle la pointe de démence qui est en chacun, on se reconnaît, comme les aveugles qui se touchent la fontanelle, on se reconnaît, on est quitte ».
On pourrait se laisser tromper en abordant La Discorde, et croire qu’il s’agit d’un même livre, qu’il parle des mêmes thèmes. Car Thomas crée une unité de lieu : la campagne. Il crée une unité de temps. Il définit ainsi ce qui pourrait être son espace mythologique. Il donne aussi une unité de ton, car les deux narrateurs de ce récit ont une telle parenté de voix, et tant de ressemblance avec le narrateur de Je pense à vous qu’on ne saurait de prime abord les distinguer. Mais le thème de La Discorde est bien cerné. La filiation des deux personnages est le nœud, et, comme le dit le célèbre slogan : il s’agit ici de tuer le père. C’est en fait le chassé-croisé de deux incompréhensions, une espèce d’incommunicabilité récurrente. « Les fils prodigues ne sont jamais en peine dans ces affaires-là : la bêtise précoce et la gratitude tardive ». C’est donc non pas un échange, parce que la chose semble impossible, mais l’énoncé de deux points de vue, points de vue sur le même sujet : la vie en commun, l’amour. Car rien n’est plus évident que cela : leur amour est fatidique, inexorable. C’est un sentiment auquel aucun de deux protagonistes ne saurait échapper, même à s’enfuir, même à disparaître. La haine même, la colère n’y sont encore que l’expression de ce sentiment : « Fatigué de l’hostile où, chacun, nous usons notre force, j’ai souvent eu la tentation d’inventer des dimanches paisibles, des connivences qui sentent le tabac, le café et l’eau de vie, des souvenirs improbables qui seraient de ta vieillesse commençante et pour moi, l’âge d’homme. » Toute la tristesse des moments manqués se traduit dans chacun des aveux de l’un et de l’autre. Nous assistons au fur et à mesure des pages à cette confession réciproque d’amour, mais comme frustré, de rendez-vous loupés par manque de souplesse, par orgueil, par abus de virilité peut-être. « Notre paix des braves, je l’invente. Je l’emprunte, la dérobe à des fils et des pères moins que nous déraisonnables. »
La dernière phrase du livre conclut mieux que tout l’échec de cette relation, parce que, en fin de compte, ils n’ont pu se retrouver : « Ils sont impardonnables ».

Je pense à vous de Michel C. Thomas
Bleu autour, 90 pages, 9

Passer aux aveux Par Philippe Castells
Le Matricule des Anges n°75 , juillet 2006.
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