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Égarés, oubliés André et les poules

juillet 2006 | Le Matricule des Anges n°75 | par Éric Dussert

Orphelin brillant, journaliste neurasthénique, patron de café ou éleveur de volailles, l’écrivain belge André Baillon a pondu plus d’un chef-d’œuvre. Non sans mal….

Zonzon pépette

Fille de Londres
Editions Cent Pages

Il est clair qu’André Baillon est un cas. Difficile de dire en revanche s’il entre dans la catégorie des cas pathologiques voués quoi qu’il en soit au désastre, ou d’un simple condensé de malchances, assis sur un tempérament sulfureux. On lui trouve parfois de faux airs à Artaud, n’était ce menton en galoche et ces rondeurs faciales qui n’ont rien d’Antonin. L’un comme l’autre, ils ont croisé les bras sous les fermes toiles de la camisole et, l’un comme l’autre, sont restés des repères. Repère pas assez fréquenté dans le cas de Baillon qui, parmi les grands écrivains belges du siècle dernier, n’a peut-être pas tout à fait retrouvé le plein usage de sa postérité. Une réédition éloquente, une amicale toute dévouée et une bibliographie très utile devraient redorer enfin son blason, et durablement.
S’il vécut chéri des femmes, André Baillon n’eut pas droit à l’attention d’une fée très efficace auprès de son berceau. Orphelin de père un mois après sa naissance, à Anvers, en 1875, il perdra encore sa mère à l’âge de 6 ans. C’est un début des plus calamiteux dans la vie, lequel n’augure rien de bon. L’enfant Baillon aura connu toutes les vicissitudes des sans-famille : exposé successivement aux rigueurs de sa tante Louise qu’il nommera Mademoiselle Autorité dans son œuvre, des sœurs de Saint-Vincent-de-Paul à Ixelles, ou des jésuites, il y trouvera l’occasion d’excellents résultats et… de fréquents renvois. C’est chez les joséphites de Louvain qu’il conclura ses classes avant d’entrer à l’université, d’où il sera chassé… Le jeune homme est brillant, peut-être un peu voyant : il s’est mis à la colle avec Rosine Chéret, une prostituée qui dévore son bel héritage et le plaque. Désespéré, André Baillon se jette à la mer, mais il est sauvé. Pas trop rancunier, il ouvre avec la donzelle repentante un café à Bruxelles, qui ne constituera que le premier des échecs professionnels d’André Baillon. Recueilli par son frère, il embauche chez un marchand de charbon et prend goût à la plume. On le retrouve au sommaire du Thyrse, la nouvelle revue moderne de Belgique. Et puis il écrit un roman autobiographique, La Dupe, qui restera en tiroir. En 1901, il rencontre Marie Vandenberghe, une ex-prostituée, puisque c’est son goût, qu’il épouse l’année suivante, avant de sombrer dans de fréquentes crises de neurasthénie. Il entame un nouveau roman, biblique cette fois, et entreprend avec sa femme l’élevage de poules : double échec. Retour à Bruxelles où il devient en 1905 rédacteur de nuit au quotidien La Dernière Heure. Deux ans plus tard, il tente à nouveau l’élevage de poules à Westmalle et on le retrouve en 1910 à son poste de La Dernière Heure.
C’est en 1912 que la vie semble lui sourire. Après avoir fait avec succès le siège de la célèbre pianiste Germaine Lievens, il entre dans un lustre faste : entre 1914 et 1918, il écrit cinq livres qui lui vaudront plus tard un large succès d’estime, bien mérité. Ce sont Histoire d’une Marie, En sabots, Délires, Par fil spécial et, surtout, Zonzon Pépette, fille de Londres. Après Le Tigre et Coquelicot, de Charles-Henri Hirsch, qui avait exploré déjà le monde interlope des filles et des maquereaux, cette Zonzon-là, formée à Belleville, est l’une des plus belles fleurs de bitume de la littérature francophone. Plus que leste et bien informée, elle s’est engouffrée dans la librairie entraînant avec elle cette littérature orale et populaire qui fera le succès d’un Louis-Ferdinand Céline. Zonzon n’a pas d’autre prétention que de vivre libre et tranquille. Hormis les rivalités entre filles pour s’accaparer un chouette julot, hormis les coups de surin et les cambriolages où il faut couvrir les copains, entre marlous on s’entend. « Nous, vois-tu, on est des loups. » Et puis Zonzon elle a son truc qui résonne tout à trac : « Toi, je t’emmerde » qu’elle dit Zonzon, et ça nous évoque une autre gamine littéraire du siècle passé…
André Baillon n’en resta pas moins dans la mouise. Après être retourné à Bruxelles et à La Dernière Heure, il publia en 1920 son premier livre, Moi quelque part, puis parut enfin Histoire d’une Marie qui fit sa gloire. On cria au chef-d’œuvre tandis qu’une expérience de ménage à trois, à Paris, avec Germaine et Marie l’amenait à la section psychiatrique de la Salpêtrière où il reçut son premier prix littéraire. Là, il conçut ses trois livres suivants, dont deux au moins sont des chefs-d’œuvre : Un homme si simple, Le Perce-oreilles du Luxembourg et Chalet 1. Sorti de l’ornière ? que non ! Vivant désormais reclus à Marly-le-Roi, André Baillon s’attira l’attention folle d’une écrivain bruxelloise, Marie de Vivier, de vingt-quatre ans sa cadette. Relation passionnelle des plus dingues, qui les conduisit l’un et l’autre au suicide en duo, puis en solo. Marie fut internée. André, qui avait empli sa chambre de fleurs, ingurgita assez de somnifères pour ne pas revenir. Il est mort à l’hôpital de Saint-Germain-en-Laye le 10 avril 1932.

Zonzon Pépette, fille de Londres de André Baillon
Cent pages, 136 pages, 12
Les Nouveaux Cahiers André Baillon N° 3, Présence d’André Baillon asbl (Rue du Trône 200 B-1050 Bruxelles) ; Bibliographie de et sur André Baillon, 1898-2004 par Frans Denissen, Maria Chiara Gnocchi et Éric Loobuyck, Bibliothèque royale de Belgique

André et les poules Par Éric Dussert
Le Matricule des Anges n°75 , juillet 2006.
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