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Domaine étranger En souffrance

octobre 2006 | Le Matricule des Anges n°77 | par Thierry Cecille

De l’Alentejo des années 50 à la Lisbonne de notre tournant de siècle, Urbano Tavares Rodrigues nous offre son Portugal : entre le mythe et la désillusion.

Troublante expérience, et riche aussi, que de pouvoir découvrir ainsi un romancier aux deux pôles de sa carrière : né en 1923, Urbano Tavares Rodrigues publie Bâtards du soleil en 1959 (il sera découvert chez nous comme tant d’autres par Maurice Nadeau en 1969) et c’est là, après des recueils de nouvelles, son premier roman ; quant à Violeta et la nuit, il est écrit en 1989. Trente ans, donc, ont passé : pour l’écrivain, nous indique-t-on, il y eut, outre de nombreuses autres œuvres, quelques séjours en prison dus à son opposition à la dictature de Salazar, et pour le Portugal, outre cette dictature à laquelle la Révolution des œillets, en 1974, viendra mettre un terme il y eut l’évolution, à un rythme irrégulier, vers la situation actuelle. Naguère rural, catholique et traditionaliste, le Portugal deviendra un membre à part entière de notre Europe libérale et postmoderne, se félicitant de l’aide apportée par les fonds structurels mais en proie aux mêmes maux sociaux que ses voisins.
Nous pourrons alors, à la lecture de ces deux romans, évaluer la puissance et les effets de cette métamorphose mais également nous interroger sur la passionnante évolution du romancier lui-même, de ses choix techniques et stylistiques. Ainsi que nous l’explique Claude Michel Cluny dans une postface courte mais éclairante, Tavares Rodrigues doit, pour Bâtards du soleil, trouver sa voie/voix propre entre d’une part le modèle alors dominant ( et qu’il admire) du Nouveau Roman français et d’autre part les écueils d’un naturalisme portugais (d’un ruralisme pourrait-on dire !) que certains de ses confrères pratiquent alors d’autant plus aisément qu’il s’accorde avec l’idéologie du régime. L’histoire choisie est d’ailleurs périlleuse : dans un village retiré, qu’oppressent le soleil et le poids des structures sociales, une jeune femme s’éprend d’un Dom Juan un peu vain mais charmant, « homme inachevé » et son frère, paysan enrichi et sauvage, devra donc intervenir… Le romancier, pour raconter cette tragédie d’un amour empêché et d’un crime d’honneur, fera donc le choix du recours au mythe et, en même temps, d’une prose discrètement métaphorique, qui parvient à donner sa place à l’inconscient. Les paysages vibrent des passions humaines et les hommes sentent en eux l’influx des forces naturelles, une « férocité médiévale » anime les haines et les jalousies, et le « dieu du Printemps » vient réveiller le plaisir des corps, à son heure furtive et maudite. « Le silence caille » entre des protagonistes que hantent le remords et l’insoutenable pitié : ils ne connaissent plus que « la mort, la solitude qui habite avec nous ». Cela n’a rien d’étonnant dans ce « putain de pays » où survit « un peuple ulcéré, méprisé » dans la « sombre fraternité » de la misère. Peut-on se libérer ? La fuite vers la ville, qui clôt le roman, sera-t-elle autre chose qu’une illusion ultime ?
C’est à Lisbonne que nous retrouvons le petit groupe de personnages qui entoure Violeta, une Lisbonne semblable à celle que peut découvrir aujourd’hui le touriste, comme happée par une modernité excitante et clinquante, mais que le Tage baigne de sa douceur, offrant des échappées vers l’horizon maritime. Contemporains sont également les outils du romancier expérimenté : chacun des « volets » de ce roman est constitué d’un monologue d’un des personnages, l’intertextualité (citations et références plus ou moins avouées) s’accorde au milieu d’artistes et d’intellectuels ici décrits, les dialogues efficaces alternent avec des récits de rêve un peu envahissants d’ailleurs. Cependant (peut-être parce que, justement, nous avons l’habitude de cette habileté technique) l’essentiel n’est pas là, et ce qui nous convainc davantage est bien, ici aussi, l’obsession de la mort, la douleur du vieillissement et de la maladie, la difficulté d’être. Pour tous « la fête est finie », dans une ville livrée à la misère, la prostitution et la violence, où « pullulent » pour les déshérités des « religions nouvelles », dans un pays « en transition » qui n’est que « partie périclitante » de « l’Europe riche ». Comment vivre encore ? « C’est la mort, cette attente, cette épouvante toujours remise, qui procède à la taille de l’arbre de vie, qui, en le blessant, en renouvelle la force. »
Thierry Cecille
Urbano Tavares Rodrigues BÂtards du soleil, traduit du portugais par René Quemserat, La Différence, « Minos », 125 pages, 6
et Violeta et la nuit, traduit du portugais par Marie-Hélène Piwnik, La Différence, 173 pages, 15

En souffrance Par Thierry Cecille
Le Matricule des Anges n°77 , octobre 2006.
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