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Domaine étranger Temps retrouvés

octobre 2006 | Le Matricule des Anges n°77 | par Delphine Descaves

Magda Szabó raconte dans ce roman nostalgique les dures marques de l’Histoire contemporaine, sur les familles d’une rue de Budapest.

Magda Szabó, qui nous avait déjà convaincus il y a trois ans avec une œuvre sombre, La Porte (prix Femina étranger), confirme dans cet opus nouvellement traduit mais paru en Hongrie dès 1969 son art de conteuse. La rue Katalin, c’est ce coin de Budapest on ne verra rien d’autre de la ville où plusieurs familles ont entremêlé leurs destins durant des années, une rue qu’ils n’ont jamais quittée, même après l’avoir physiquement désertée, une rue où s’est nouée chacune de leur vie et qui fait pour toujours partie d’eux. Sur ce thème, dont la mélancolie profonde sous-tend tout le roman, Magda Szabó brode un beau et touchant récit ; trois jeunes êtres occupent le cœur de l’intrigue, et nous les découvrons à travers le regard de la jeune Henriette et ses parents, les nouveaux arrivants : Irène et sa sœur cadette Balinka, petites filles charmantes, aux caractères opposés, chamailleuses et inséparables comme le sont les fratries, et leur attirant voisin, un peu plus âgé, Balint.
Magda Szabó sait raconter ces atmosphères de familles et de couples les parents des fillettes par exemple, unis par l’amour mais aux tempéraments incompatibles le passage des années sur les individus, l’évolution aussi de certains sentiments enfantins, qui va conduire inexorablement Irène et Balint l’un vers l’autre, sous les yeux de Balinka et surtout Henriette, elles aussi séduites. La qualité du texte ne réside pas tant dans son écriture ou sa forme, somme toute classiques, que dans le flux même du récit, qui court sur une trentaine d’années ; autant dire une vie. Ces existences se heurtent à l’Histoire, ou plutôt c’est elle qui fait intrusion rue Katalin, comme durant les heures noires du nazisme : l’arrestation des parents de Henriette puis la mort de celle-ci résonnent douloureusement, dans une narration sobre et d’autant plus poignante. Plus tard, ce sont les outrances du stalinisme et les événements de 1956, auxquels sont mêlés certains des protagonistes, et la plus attachante d’entre eux, la changeante Blanka. Au milieu de ce flot, la rue Katalin et ses habitants subsistent dans l’esprit des personnages, repère pour chacun, nœud affectif où s’est joué leur avenir, refuge de la mémoire contre les duretés du temps et la « conscience de ce que tout se décompose ». Ainsi Irène et sa famille ne peuvent-elles communiquer en profondeur avec Paul, mari de la jeune femme et éternel étranger, comme celle-ci l’explique : « au cours des années que nous passâmes ensemble il y eut des zones d’ombre entre nous, certaines choses que nous ne pûmes jamais lui dire, ou d’autres le concernant qui ne nous intéressèrent jamais ». Cette survivance fragile et obstinée du passé est symbolisée sans lourdeur, et exhalant une nostalgie très émouvante par Henriette, dont le fantôme revient épisodiquement dans l’ancien quartier et auprès des uns et des autres, Henriette dont la mort injuste a altéré définitivement l’équilibre précaire de ce petit univers. La romancière rend familière la dimension fantastique de son personnage, en donnant tout simplement corps à ce spectre resté tel qu’il était, de son vivant, et qui continue par-delà la mort à s’intéresser au sort de ceux qu’il a aimés. Ainsi la rencontre de Henriette avec ceux qui sont restés sur terre n’est-elle jamais effrayante, rendant poreuse pour le lecteur, le temps d’un livre, la frontière cruelle entre les vivants et les défunts : « quand elle s’arrêtait près d’eux dans un magasin ou les croisait dans la rue, leur réaction était toujours la même ; ils lui jetaient un bref regard puis détournaient les yeux, sans même manifester d’incrédulité ou de gêne. Aucun d’eux ne pouvait prendre au sérieux qu’Henriette se tienne près d’eux ou marche à leurs côtés. Tout au plus leurs visages exprimaient-ils une sorte d’attendrissement, comme si le vent leur apportait les bribes d’une mélodie lointaine, une chanson qu’ils n’avaient plus fredonnée depuis l’enfance et dont ils s’étonnaient d’entendre soudain quelques mesures. »

Rue Katalin
Magda SzabÓ
Traduction
du hongrois revue
et corrigée par Chantal Philippe
Viviane Hamy
233 pages, 21,50

Temps retrouvés Par Delphine Descaves
Le Matricule des Anges n°77 , octobre 2006.
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