La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Domaine français Rolin au Congo

avril 2007 | Le Matricule des Anges n°82 | par Thierry Guichard

Le Paris-Kinshasa de l’étonnant voyageur est plus passionnant que tous les Paris-Dakar. En tissant l’histoire du Zaïre à la sienne, l’écrivain nous émerveille.

Explosion de la durite

Jean Rolin tient ses promesses : L’Explosion de la durite débute par l’explosion d’une durite. Le narrateur, l’auteur lui-même, se trouve dans la vieille Audi à la durite défaillante. La voiture et ses passagers se trouvent alors sur la route de Kinshasa au Congo. Qui plus est sur une portion de la chaussée qui ne permet pas de se ranger et fait du véhicule à bout de souffle un obstacle exposé à la vitesse des camions. Comment notre homme a-t-il atterri là ? Pour le savoir, embarquez, vous ne serez pas déçu.
Tout débute deux ans avant l’explosion de la durite lorsqu’un ami, vigile dans un McDonald’s de Paris, expose à notre globe-writer l’idée d’acheminer jusqu’à Kinshasa une voiture d’occasion achetée pour trois sous en France et qui, dans la capitale congolaise, une fois transformée en taxi, pourra rapporter 50 dollars par jour. Foudron, cet ami, sait de quoi il parle : ancien officier des FAZ (Forces Armées Zaïroises) dans ce pays qui n’était pas encore la République Démocratique du Congo, l’homme a laissé femme et enfants au pays et c’est pour eux qu’il souhaite que Jean Rolin se charge de la mission qu’il lui présente. Mais l’histoire débute peut-être bien plus tôt encore, en 1965 lorsque Jean Rolin fréquente la piscine de l’Athénée durant son premier séjour au Congo où vit son père. On pourrait tout aussi bien tirer sur le fil des mythologies familiales pour expliquer cet attrait de l’écrivain, capable, finalement, de prendre n’importe quel prétexte pour mettre le cap vers l’Afrique. Longtemps reporter, notre homme se doit de trouver d’autres opportunités de courir le globe et mettre ses pas sur ceux de Conrad (comme il fit en 1980). Donc livrer une voiture d’occasion, pourquoi pas ?
On le suit dès lors avec une sorte d’étonnement : l’aventure commence au Kremlin-Bicêtre où, après une Opel Corsa fantomatique, c’est une Audi 25 que nos deux compères dénichent. Puisqu’il faut conduire la voiture jusqu’à Vitry, que Jean Rolin n’a pas de permis, que c’est donc Foudron qui conduira, mais que Foudron est un Noir et qu’à Paris les Noirs se font plus souvent arrêter que les Blancs, il faut aussi se mettre à la recherche d’une assurance pour les quelques kilomètres à parcourir. On rit pas mal à lire ses préparatifs du voyage, l’aventure se présentant comme un épisode hybride des aventures de Tintin et de celles des Pieds Nickelés. Mais Rolin, dans une langue impeccable de tenue et d’élégance, sait aussi dire les paysages de banlieues, les zones un peu louches où se fait le commerce vers l’Afrique. Le réel, sous sa plume, prend une consistance qu’on lui trouve rarement ailleurs. Tissant ensemble l’histoire de ce voyage vers Kinshasa, l’Histoire du Congo (où l’on croise Che Guevara) et celle de sa famille, l’écrivain tire des perspectives, développe notre faculté de voir sans jamais ennuyer. Sa connaissance de l’Histoire contemporaine, à laquelle les lecteurs de L’Organisation savent le rôle (modeste mais actif) qu’il y a tenu, sa fréquentation des grands écrivains (ici Proust et Conrad l’accompagnent) et l’autodérision où il excelle, font de lui un conteur hors pair. Son appétit du monde est contagieux et lorsqu’il embarque à Anvers à bord du San Rocco (équipage polonais et ukrainien), on a l’impression d’être avec lui. C’est que chez Jean Rolin, le « je », loin d’être le pronom de l’autobiographie, joue plutôt le rôle d’une caméra subjective. Depuis ce « je », le monde est observé sans a priori, dans une démarche que rapproche l’écrivain d’un Candide érudit. Le réel, ainsi restitué, dans sa complexité et son histoire, vaut bien toutes les fictions. Et le lecteur, le temps de la lecture, éprouve très nettement le sentiment de son appartenance à un monde dont, avant qu’une durite explose, il ignorait à peu près tout.

L’Explosion
de la durite

Jean Rolin
P.O.L
220 pages, 17

Rolin au Congo Par Thierry Guichard
Le Matricule des Anges n°82 , avril 2007.
LMDA papier n°82
6.50 €
LMDA PDF n°82
4.00 €