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Domaine français Le feu et la règle

juin 2007 | Le Matricule des Anges n°84 | par Richard Blin

Jean-Paul Michel, poète et prosateur, fondateur des éditions William Blake & Co., revient sur les vérités vécues qui ont façonné son œuvre comme sa vie.

La Vérité, jusqu’à la faute

Dignité et densité, franchise et panache, rigueur et souveraineté, La Vérité jusqu’à la faute est un livre où Jean-Paul Michel va nu, « dans la lumière et dans la force » (Rimbaud), entre aveux et perspectives de vie nouvelle, rendez-vous avec soi-même et quête de la voie.
Porté par le flux des désillusions révélantes, par le rejet des pensées du renoncement et de toutes les formes de ressentiment ou de ruminations négatives mais sans rien oublier de ce qui fut ni de ce qu’il fut, il nous propose un ensemble de notations et de réflexions qui cristallisent une série de vérités, parfois blessantes, parfois salvatrices, quant à ce qu’il en est réellement du réel, de l’être, de l’art et de ce qu’il écrit. Ne reniant rien de « sa vieille compassion pour les héroïsmes bizarres » ni de « l’électricité animale qui donne à l’espèce son énergie », il est de ceux qui refusent la « vie moyenne » et prônent l’insubordination. « Je voulais, par le scandale de ma pensée et de mes actes, répondre à ce scandale d’être là, ainsi, pour rien ». Sans commettre l’ « énorme faute de goût » qui consisterait à « calomnier les fatalités qui nous portent », il développe non sans rappeler que c’est ce désir de toiser l’impossible qui fonde l’art l’absolue nécessité de faire face au réel, à ce qu’il a de terrible et de sans mesure. « La mauvaise littérature s’efforce de réduire tout ce dont l’insupportable complexité la déborde et l’inquiète. La vérité sentie, pourtant, vaudra toujours davantage ».
Revenant sur son parcours dont Le plus réel est ce hasard, et ce feu (poèmes 1976-1996), Flammarion, 2006, résume l’essentiel, Jean-Paul Michel souligne combien « nous sommes les effets de nos regards », combien « les diriger vers un autre point suffit à nous changer tout entier », et comment il en vint à regarder le « sens » comme « suivant de la puissance d’impression d’un éclat (d’une « beauté ») ». Car face à l’évidente force du tragique et du « vent de la vérité », qui « a répondu comme une gifle à la joue tendue de la piété » (Bataille) et dans lequel Jean-Paul Michel voit « le résumé cru » de sa vie ; face à « la catastrophe transcendante qu’est le réel » et à l’immensité de son infini sans bord et sans Nom, l’artiste, le poète ne peuvent qu’opposer et tenter d’imposer leurs signes, la « sorcellerie » de leur art, leurs dispositifs de figuration et de conjuration cérémonielle. Pari désespéré, combat perdu d’avance qui ne saurait cependant empêcher la poésie de miser sur l’effet de ses signes, sur leur feu, leur force, leur éclat, pour tenter de répondre, impossiblement, certes, mais avec la panache que l’on sait, à « l’inintelligible d’être ».
Le poème est cette vérité. Ce qui ne va pas sans une certaine forme de sainteté ( « Ô, comme je comprends la sainteté, maintenant ! L’incroyable confiance dans les signes ! » ), sans une croyance au « contrepoids d’existence » que doit être le livre, et sans une foi en une Règle. « J’envie les reclus réglés, les communautés de prière et de chant. Je comprends du dedans la foi idiote, le discours insensé des amoureuses, des mystiques. La règle arbitraire, élue parce que non nécessaire, c’est le salut ». Un salut à entendre de manière non religieuse parce que « les Livres sont le lieu réel de l’immortalité des âmes » et parce qu’ « il n’y a pas de dieux./ C’est pourquoi la prière a du prix./ Personne ne nous écoute./ Pour cela, peut-être, nos chants sont purs. »
Passion, savoirs et sapience noués, Jean-Paul Michel est un instinctif doublé d’un intempestif (au sens nietzschéen). Un célébrant de la simple joie d’être, « cette joie qui étreint et qu’il ne serait pas exagéré de nommer « le divin » ». Un officiant d’incandescence pariant sur de l’impossible et sur cette innocence seconde qui est celle de Hölderlin, de Hopkins, de Rimbaud, de Nietzsche et qui donne cet étrange goût d’être et son éclat de beauté solaire à tout ce qu’écrit Jean-Paul Michel. Une morale de la hauteur et une esthétique de l’existence, qui l’honorent et communiquent à ses livres leur aura d’essentielle singularité.

La Vérité
jusqu’à
la faute

Jean-Paul Michel
Verticales
118 pages, 12,50

Le feu et la règle Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°84 , juin 2007.
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