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Théâtre La fuite du réel

septembre 2007 | Le Matricule des Anges n°86 | par Laurence Cazaux

La Danoise Astrid Saalbach nous plonge dans un cauchemar où notre monde se serait perdu dans des mirages de la toute-puissance.

La traduction d’un des derniers textes d’Astrid Saalbach, Le Bout du monde, constitue une belle découverte singulière. Née au Danemark en 1955, Astrid Saalbach débute au théâtre comme comédienne. Elle écrit un premier texte pour la radio en 1981. En 1987 sa pièce Leçons de danse est mise en scène au Théâtre Royal de Copenhague. Dans les années 90, plusieurs de ses pièces sont jouées en Scandinavie, en Angleterre et en Allemagne, notamment Matin et soir, également traduite en français. En 2004, Astrid Saalbach reçoit le prestigieux prix du théâtre nordique pour sa pièce Le Bout du monde (prix qui a également honoré Jan Fosse et Lars Norén).
Dans ce texte, Xenia, une hôtesse de l’air, revient chez elle après un long voyage, mais elle trouve sur le chemin du retour deux chiens agressifs. Elle fait demi-tour et s’égare. Déjà, sa montre n’est pas à la bonne heure. Le décalage ne va aller qu’en s’accentuant, touchant en plus du temps, les dimensions de l’espace, de la mémoire… Xenia va rencontrer toute une série de personnages étranges, dérangeants même, à commencer par une fille qui aurait préféré être un cheval et qui va achever de la perdre dans les bois. Plus tard, au cours de son errance, Xenia croise dans une banlieue une femme avec un sac sur la tête, pour éviter aux gens de prendre peur en regardant son visage, la femme confie à Xenia sa fille en échange de sa valise à roulettes… Voilà Xenia devenue mère, donc en prise avec la responsabilité du monde dans lequel est plongé son enfant. Petit à petit Xenia, comme d’ailleurs nous autres lecteurs, prend conscience qu’elle se retrouve dans un monde virtuel, d’une autre dimension. Ainsi, plusieurs filles, clonées, sont identiques, mais les ratages sont nombreux, certaines naissent avec trop ou pas assez de jambes, de bras, des têtes trop grosses, trop lourdes ou trop petites, elles peuvent être aveugles, muettes ou supporter bien d’autres infirmités. Elles ne sont que des brouillons d’un hypothétique futur être parfait. Nous sommes plongés dans une société de gens traqués, qui refusent de vieillir et cherchent une perfection mortifère. Il règne comme une amnésie générale. Il va être de plus en plus difficile pour Xenia de savoir d’où elle vient. « Comment s’appelle cette ville, déjà, avec le fleuve boueux et toutes les péniches, où tout a commencé… ? »
Le Bout du monde est un mélange surprenant. Astrid Saalbach met en jeu une fuite de la réalité. On a l’impression, comme pour Alice chez Lewis Carroll, de plonger dans différents espaces-temps, dont certains proches du cauchemar… Les treize séquences glissent les unes sur les autres, l’héroïne se retrouve perdue en forêt, puis en banlieue, en prison, dans un désert. L’auteur mêle également des angoisses quasi obsessionnelles, comme la peur de la mort ou celle de perdre un enfant, avec en même temps un vrai regard critique sur notre monde. Elle dénonce ainsi les recherches génétiques au nom d’une volonté de toute-puissance et de perfection, ou encore l’uniformisation de notre société. On pense à Lewis Carroll bien sûr, mais aussi à Kafka ou à un absurde proche d’un Ionesco. La mise en jeu du rêve donne la sensation d’un enfermement, d’un univers étouffant, au bord de la catastrophe. D’ailleurs, il ne serait pas totalement impossible comme hypothèse que Xenia soit une rescapée d’un crash d’avion.
La fin reste en suspens, Xenia se retrouve dans le désert, une nomade l’invite à regarder les étoiles pour mieux trouver sa direction, histoire de réintégrer le grand cosmos, en méditant un peu mieux sur notre condition d’humain ?

Le Bout
du monde

Astrid Saalbach
Traduit du danois par Catherine Lise Dubost
Éditions Théâtrales/ Maison Antoine Vitez
64 pages, 11,90

La fuite du réel Par Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°86 , septembre 2007.
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