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Domaine étranger Miroir, mon beau mouroir

novembre 2007 | Le Matricule des Anges n°88 | par Jérôme Goude

Bouquet de pièces satiriques, « Boccacce » exacerbe les travers d’une ménagerie littéraire corrompue. Les traits qu’y décoche Marco Lodoli font mouche.

Il y a peu, une polémique a vigoureusement ébranlé le microcosme littéraire. Dans un texte qui fleure bon la fessée morale, X accuse Y de « plagiat psychique ». La rentrée 2007 portera donc, comme un slogan grégaire, les stigmates d’une étrange pathologie : le « syndrome du coucou ». Doit-on pour autant s’inquiéter de l’amour-propre des garants de la probité artistique ? Feindre un détachement désabusé ? Ou bien faut-il, à l’instar de l’Italien Marco Lodoli, en rire et persifler ?
La parution aux éditions de l’Arbre vengeur de l’irrévérencieux Boccacce, recueil composé de quinze nouvelles inédites et lapidaires, tombe à pic. Sémillant et un brin cynique, l’auteur de Chronique d’un siècle qui s’enfuit et de Courir, mourir (P.O.L, 1987 et 1994) plonge son lecteur dans les arcanes d’une ténébreuse société littéraire. Fidèle à l’injonction outrancière de l’expression idiomatique fare le boccacce, Lodoli s’adonne à l’art facétieux de la grimace en tendant un miroir déformant aux principaux acteurs de la scène livresque.
Chaque texte de Boccacce, sa (ou ses) proie(s). L’encre sulfurique de Marco Lodoli donne corps à une kyrielle de portraits corrosifs. Ainsi croise-t-on, aux détours de récits efficaces, pêle-mêle, un correcteur maniaque, une traductrice-dilettante, un libraire phobique et irascible, un philologue-assassin, un rédacteur en chef-sodomite, un critique-pilonneur, un étudiant ignare, etc. En parfait démiurge, Lodoli commande le destin de ces personnages qui, d’un pas syncopé, foulent le sol des antichambres de la bêtise, de la folie et, au pire, de la mort.
Délire bouffon ou farce macabre, voilà ce dans quoi s’agitent la plupart des pantins de Boccacce. Au cœur de cette clique bigarrée, Orietta Delfini, l’universitaire frustrée de « Porno », ne démérite pas. Dans l’intimité chatoyante du crépuscule, Madame le professeur, après avoir revêtu bas, porte-jarretelles et guêpière, se métamorphose en « Libre Chair ». C’est alors, et alors seulement, qu’elle se concentre sur l’écriture de Sueur basse, un roman pornographique où les « mots coulent comme des humeurs vaginales ». Au terme d’une prestation publique, elle rencontre un ex-étudiant reconverti dans le tapin. N’étaient l’esprit malin de Marco Lodoli, l’impulsion libidineuse et funeste d’un ancien président de faculté, Libre Chair aurait pu continuer à écrire et célébrer le membre turgescent de son « gaillard ».
Taquiner la page blanche est un exercice à portée de main, certes, mais laborieux et pas toujours honorifique pour qui s’y risque doctement. C’est, de façon caustique et non moins désopilante, ce que laisse entendre la nouvelle intitulée « Avant-garde ». Ennemi juré des adeptes de la « mélasse des tripes », Dinamo Cosi s’est acharné à façonner une « langue nouvelle, goulue et phocomélique, corpue et avortante ». En vain, car son rêve d’ « explosion » romanesque se brise sur le silence d’un vieil ami, « petit chef à la RAI », ainsi que sur la tôle d’une « Fiat Bravo ». Avant-gardiste ou anticonformiste, auteur adulé ou apprenti-écrivain, Boccacce n’épargnera donc personne. Pas même Marco Lodoli qui, a contrario de ses antiques prédécesseurs, Horace et Juvénal, intègre la satire. Dans « L’éditeur », un comité de lecture juge en effet que ce dernier est « trop gâté, content de lui, satisfait, coincé dans une adolescence éternelle »
Chose rare, tout en se jouant de l’idolâtrie et en ironisant sur la suffisance, Marco Lodoli se garde bien de moraliser. Et si, demain, le sens de l’autodérision se généralisait ?

Boccacce
Marco Lodoli
Traduit de l’italien
par Louise Chapuis
et Dino Nessuno
Illustré par
Alban Caumont
Éditions de
l’Arbre vengeur
117 pages, 11

Miroir, mon beau mouroir Par Jérôme Goude
Le Matricule des Anges n°88 , novembre 2007.
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