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Poésie Approches du visible

janvier 2008 | Le Matricule des Anges n°89 | par Emmanuel Laugier

Deux amis de Giacometti, Jacques Dupin et David Sylvester, donnent à voir, dans l’intimité de la main du sculpteur, l’émergence lente de la figure humaine.

Alberto Giacometti

Illustration(s) de Ernst Scheidegger
Editions André Dimanche

En regardant Giacometti

Jacques Dupin rencontra Giacometti au début des années 50, alors qu’il travaillait pour Les Cahiers d’art dirigés par Christian Zervos. Le sculpteur est déjà célèbre, ses silhouettes s’amincissent davantage, sont dans un déséquilibre constant. Les deux hommes se verront chaque semaine dans l’atelier de la rue Hippolyte-Maindront. Pendant huit ans, aux éditions Maeght (que dirige Dupin depuis 58), ils travaillent à des livres illustrés de poètes. À l’automne 65, Giacometti accepte d’être filmé en plein travail dans son atelier : ce livre, Éclats d’un portrait, en est la mémoire photographique. Fait d’un regroupement d’images retrouvées du photographe Ernst Scheidegger (qui fut l’initiateur de cette aventure), l’ouvrage, sorte de plan-séquence, permet de suivre la construction d’un portrait tel que Giacometti le voyait surgir devant lui. Aucune conception n’y présidait. Jacques Dupin, en étant ce modèle, devenait un inconnu, celui par exemple qu’Alberto regardait passer dans la rue, et qu’il tenait au bout de son bras entre deux de ses doigts. La tête de Dupin, nous la voyons émerger depuis le premier trait sur la toile blanc cassé jusqu’à un fond, très gestuel, couleur terre d’ombre, qui cerne et confond presque sa tête. La toile, restée inachevée, peut être prise comme exemple de la méthode de Giacometti, lui qui disait ne jamais vérifier que ses propres ratages. Le poète, en une cinquantaine de pages, revient sur cette expérience. Il y rappelle, dans le « bavardage d’Alberto, incessant et ressassant, (…) calqué sur la course de sa main sur le papier, sur la toile ou dans le bloc de terre », la venue d’une « tête qui dans la même perception semble s’éloigner et surgir. Un dépouillement qui accuse la tension des traits et l’intensité de la face ». Ou encore : « Comment oublier que je suis la tête d’un autre dans le regard d’Alberto ? La tête mise à nu et confrontée avec le vide pour une ressemblance inaccessible ». Ces remarques rejoignent ce qu’en 1925, Giacometti disait déjà dans l’un de ses carnets : « continuer la petite figure de ce matin que je veux faire, et la finir complètement. De même, pour l’homme assis je dois trouver l’issue sans perdre l’ensemble, le faisant au contraire ressortir toujours plus ». L’infini tâtonnement des mains du sculpteur, son travail par soustraction de la terre glaise, et non par accumulation, est déjà contenue dans les travaux surréalistes. L’obsession de la figure et de ce qui se soustrait toujours en elle, la question qu’il pose face aux corps, comme face aux « têtes », se concentrent toujours dans l’idée de leur donner leur présence en les amincissant, en renversant les logiques de face et de profil.
Ce paradoxe, David Sylvester (1924-2001), lui aussi un intime, l’analyse magistralement dans une monographie (achevée dès 59), aujourd’hui rééditée. L’élan que Giacometti donnait à ses mains lorsqu’il voyait qu’il saisissait la tête de son modèle, Sylvester le suit et l’impulse à son texte. La formation de ces têtes et silhouettes, Sylvester en élabore alors la généalogie, depuis la sculpture plate des années 30 jusqu’aux bustes du frère (Diego) ou aux portraits stoïques de la compagne Annette. La méthode et le processus sont une avancée paradoxale où le visage devient une pelote de fils mêlés quand le buste, lui, est une surface quasi vide faite de quelques traits. Ce « besoin de répétition était insatiable et total. (…), écrit Sylvester. Peut-être cette méthode était-elle commandée par une compulsion comparable à celle de l’écrivain qui froisse sa feuille et reprend tout ». Avançant lui aussi, sans dogmatisme, dans une perspective aussi pudique que rigoureuse et fine, Sylvester entre là dans le champ ouvert de son propre regard et, sans nul doute, dans ceux des silhouettes d’Alberto. Donnant donnant.

Alberto
Giacometti, éclats d’un
portrait

Jacques Dupin
Photographies de Ernst Scheidegger
André Dimanche éditeur
200 pages, 39
En regardant
Giacometti

David Sylvester
Traduit de l’anglais et présenté
par Jean Frémon
André Dimanche éditeur
216 pages, 35

Approches du visible Par Emmanuel Laugier
Le Matricule des Anges n°89 , janvier 2008.