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Domaine français Chemin nocturne

mai 2008 | Le Matricule des Anges n°93 | par Richard Blin

La puissance d’envoûtement du premier roman de Pierre Skira, 70 ans, est aussi intense que la cruauté du contre-paysage qu’il révèle.

Les Orgues de glace

C’est un monde d’images superbement obsessionnelles, aux capillarités profondes, lestées de peurs et de passions, que nous offre Pierre Skira, peintre pastelliste, et fils d’Albert Skira, fondateur des éditions du même nom. Un univers sur lequel planent l’ombre du Mal et la malédiction. Un vaisseau d’orage pris dans des remuements de grands fonds et les glaces d’une beauté gangrenée de pure cruauté. L’histoire de trois adolescents confrontés à la folie des hommes et à l’insaisissable de ces espaces frontaliers où la vie, dans son incertitude même, retrouve un certain état magico-légendaire que seule l’enfance connaît.
Les Orgues de glace met en scène deux garçons, Andrew et le narrateur, le premier est placé chez le pasteur, le second dans une ferme en compagnie d’une fille, Zsuzsa, qui les fascine. Des enfants déplacés dans un village de montagne coincé entre un glacier qui, la nuit, « vocifère dans une langue archaïque, se convulse en soubresauts, en ébranlements accompagnés des jappements des gnomes », et d’impénétrables forêts. Paysage insoumis donc, propice à tous les prodiges comme à toutes les incertitudes. Domaine où les perceptions physiques prennent le pas sur toutes les autres et invitent à s’aventurer dans un monde d’échos, de traces et de signes obscurs. Andrew organise des expéditions dans le glacier « dans l’espoir d’y dénicher, délivrés de leur gangue, les mâchoires, les fémurs, les crânes, les bassins, tous ces randonneurs disparus, chutés dans les crevasses, égarés, rendus fous, restitués au monde des vivants après des années. » Des chasses aux os au cours desquelles la présence du danger met tous les sens à vif. Quelque chose d’animal qui rend la marche instinctive, libère l’angoisse comme les élans du désir. C’est que Zsuzsa suit, avec son corps disgracieux, son silence, ses manies et sa propension à la rêverie. La très mystérieuse Zsuzsa qui reçoit des cartes postales sans indication d’expéditeur, ni signature. Zsuzsa et son incompréhensible langage fait de mots comme « des caillots crachés qui cherchent à sauver la parcelle brûlante et secrète d’un être saccagé ». L’orgue du temple sera sa voix. L’orgue qui, entre ensorcelement et séduction, « dévoile les gouffres ; sur la scène de son théâtre, se jouent la confusion du vide et de l’exaltation, le cantabile qui enrobe la souffrance, l’échappée vers la consolation ». La rumeur la dit « sous la coupe d’une mauvaise étoile », et sa fraternité viscérale avec la forêt, autant que ses longs moments de prostration, semblent révéler de douloureuses lignes de fêlure.
Littéralement fasciné par sa façon de vivre sa vie en somnambule, le narrateur assiste, en témoin muet et admiratif, aux « mues qui l’habitent, et qui répondent à des sortilèges, ou plus gravement à des combats pour sa survie ». C’est qu’entre l’hostilité agressive du monde glaciaire et ce monde des limbes qu’est la forêt - aire de la bête et lieu hanté par toutes les figures de la féerie, les égarements sensoriels et les chevauchées hallucinées épousent volontiers les courbes et les méandres des maléfices. Jusqu’au bord de l’inhumain, jusqu’au diabolique, jusqu’à ce que nous comprenions que sous ces moments nourris des terreurs de la petite enfance, sous la force d’épouvante des visions, c’est de l’horreur d’un vrai massacre qu’il s’agit, de ce devant quoi la raison vacille - terrifiant cauchemar dont la deuxième partie dit toute la nausée, l’irrévocabilité et la monstrueuse tenaille d’horreur et d’inhumanité.
Entre équilibres pétrifiés et appels à l’engouffrement, un roman bouleversant que porte à sa plus haute tension la pression secrète de sa vibration déplorante. Un lamento pour orgues de glace.

Les Orgues
de glace

Pierre Skira
Viviane Hamy
136 pages, 17

Chemin nocturne Par Richard Blin
Le Matricule des Anges n°93 , mai 2008.
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