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Domaine étranger Une vie à la hauteur

mai 2008 | Le Matricule des Anges n°93 | par Yves Le Gall

L’écrivain américain Rob Schultheis nous invite à un voyage à travers la région des San Juan Mountains dans le Colorado. Un souffle à partager.

Quel jeune homme n’a jamais rêvé d’imiter Kerouac et de partir vers l’Ouest ? Mais le personnage qui débarque en 1973 au volant de son minibus Volkswagen dans la petite ville de Telluride, au pied des Rocheuses n’a rien de banal. Il a passé son enfance en Extrême-Orient, et il vient d’escalader l’Everest en pleine mousson. Son nom est Rob Schultheis et il a ce que l’on appelle communément une « carrure », une « gueule ».
Il est convaincu que la proximité des montagnes va l’aider à trouver le « vrai truc » de sa vie. Il s’installe donc dans cette petite ville de Telluride, ancienne colonie de mineurs ayant servi de refuge à l’époque des hippies à ceux qui fuyaient le conformisme de la société américaine. Aujourd’hui c’est une station de montagne qualifiée de branchée, un peu le symbole de la montagne des nouveaux riches devenue la proie des promoteurs immobiliers, ceux auxquels « L’argent donne droit de réaménager « leurs » montagnes pour qu’elles ressemblent davantage à leurs misérables rêves et à leurs désirs mesquins ». Schultheis s’insurge contre ce qu’il considère comme une véritable profanation et nous invite à partager son approche plus simple, plus tonique mais terriblement exigeante de la montagne. Pour cela il nous entraîne avec lui à escalader les sommets et à descendre les rapides. Le personnage a du souffle… pas facile de le suivre mais quel accompagnateur ! L’Or des fous est une découverte permanente de l’univers montagnard, de l’intensité de la vie qui s’y manifeste, peut-être un des derniers espaces de liberté, un dernier paradis : « Le paradis de par sa nature même est difficile d’accès, insaisissable, réfractaire et invivable. Si on essaie de vous fourguer un paradis qui ne ressemble pas à ça, on cherche à vous tromper ». Les montagnes décrites par Schulhteis sont magnifiques mais terrifiantes. La vie s’y manifeste avec la plus grande intensité : déferlement des torrents, pluies battantes, vent en rafale, forêts rugissantes, avalanches monstrueuses, mais aussi… étés très courts, « les plus beaux et les plus doux du Monde ». Sons, images, senteurs se télescopent et des formulations délicates surgissent tels de discrets haïkus adoucissant les rudesses géologiques et climatiques. « Beaucoup de taches or et safran miroitent sur la toile de fond du ciel ». La couleur, la féerie sont toujours présentes dans ces paysages que Schultheis imagine « peuplés d’anges et de dieux, de prophètes et de saints ».
Sa sensibilité pourrait presque être qualifiée de primitive tellement elle est nourrie de crainte et de respect envers la nature à laquelle il attribue une dimension magique. Et c’est avec de vrais accents lyriques qu’il exprime sa fascination pour les derniers espaces réellement sauvages : « Pensez au Voyage au centre de la Terre, à l’enfer de Dante, au Xanadu de Coleridge… »
Mais ce serait une erreur de croire que tel un aigle des cimes, Schultheis s’isole de la société des hommes. Il remarque seulement que les hommes sincèrement attirés par la montagne sont des gens bizarres qui cherchent à « se délester de leur passé et réinventer leur avenir ». Et il nous offre d’émouvants portraits : gamins « rastas », indiens Navajos adeptes du rock n’ roll et du rap, vieux mineurs aux incroyables souvenirs, bûcheron mettant calmement sa main sectionnée dans sa poche avant de se rendre à l’hôpital, banquier escroquant les banques pour sauver sa ville, jeune archéologue abandonnant ses fouilles par crainte d’un fantôme. Tous ont un peu de cette démesure et cette capacité à prendre des décisions soudaines, brusques, inattendues en écho aux tumultueux caprices de la montagne. Comme si s’était forgée une ressemblance.

Le sec
et l’humide

Jonathan Littell
Postface de Klaus Theweleit
Traduit de l’allemand par Daniel Mirsky
Gallimard,
« L’Arbalète »,
143 pages, 15,50

Une vie à la hauteur Par Yves Le Gall
Le Matricule des Anges n°93 , mai 2008.
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