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Domaine étranger Rêver à tire-d’aile

juin 2008 | Le Matricule des Anges n°94 | par Etienne Leterrier

Professeur de littérature et explorateur, Alan Tennant offre dans « En vol » le récit d’une mission d’observation de faucons pèlerins pendant leur migration.

Suivre à bord d’un petit avion Cessna un faucon pèlerin équipé d’un émetteur radio. Cartographier le plus fidèlement possible ses déplacements à travers les étendues américaines, du Mexique au Canada. Alan Tennant et George Vose ont d’abord dû convaincre les militaires du Texas de leur prêter les émetteurs de l’armée hors de prix qui pouvaient seuls leur permettre de tenter l’aventure, avant d’en équiper leurs petits protégés aux serres longues et au bec tranchant. À vrai dire, ils n’ont jamais obtenu cette autorisation : qu’importe. En vol commence par ce pari risqué. Car il ne s’agit pas tant d’une mission ornithologique que d’un projet étrange, celui de partager le vol du faucon et son intrépide aventure, de vivre « la puissance du rêve » qu’il porte : le retour aux terres arctiques où il est né, l’instinct de la migration et de la force secrète qui pousse l’oiseau à effectuer un voyage de plusieurs milliers de kilomètres au mépris du danger.
L’équipée prend rapidement une tournure picaresque, tant il est vrai que la quête ne va pas sans une large part de hasard. Au gré des courants d’air, d’aérodrome en aérodrome, d’État en État, par-dessus des frontières, Alan et George tentent de maintenir l’écho d’un fragile « bip » dans leurs écouteurs, en dépit des temps de vol limités, du plein à refaire, et des dangers multiples : constructions, antennes, zones industrielles, pollution. Un jour au Mexique, ils atterrissent même sur une piste contrôlée par des trafiquants. Parfois, aussi, les deux espions motorisés se réveillent trop tard et se retrouvent distancés par leur silencieux guide.
Des faucons, Alan et George n’en voient en fait que rarement, juste le temps de la capture et d’un baptême hâtif : Crazy Legs, Amélia, Nina Gorda, sitôt relâchés redeviennent vite le point de fuite après lequel le récit semble tendre. Mais les heures de vol laissent aussi à Alan le loisir de dérouler en même temps que le paysage qui s’étale sous ses yeux la longue histoire de la fauconnerie, la beauté de ces oiseaux inaliénables, la menace qui pèse sur leurs organismes sensibles à la moindre pollution.
Quel sens à cette quête ? C’est à plusieurs reprises sur des lieux marquants de l’histoire américaine que les deux hommes s’arrêtent : comme à La Junta et son comptoir sur la route de l’Ouest, ou à Strasbrug, Colorado, point de jonction entre les chemins de fer venus du Pacifique et de l’Atlantique. Le vol du pèlerin ne couvre pas uniquement une vaste partie du territoire américain, il en embrasse également l’histoire, dans ses aspects les plus épiques. Son pèlerinage d’ailleurs n’est-il pas à l’image de celui dont la nation américaine s’est forgée ?
Comprendre que le faucon ne les renvoie qu’à eux-mêmes, en tant qu’individus, en tant qu’Américains, c’est tout le parcours qu’effectuent Alan et George. « Comme moi, (George) semblait avoir trouvé ici on ne sait quel ancrage psychique, sur la route, dans les airs, décollant chaque jour avec la volonté toujours présente de se caler dans le sillage d’un faucon au vol rapide (…). Je comprenais une fois encore que le véritable rêve, c’est nous qui l’avions eu. La vision selon laquelle en rejoignant l’antique voyage des pèlerins, nous pourrions (…) faire partie de l’héroïsme et la grandeur de la vie. »
Écrivant cela, Alan Tennant touche juste : le nature writing n’accueille en son sein la nature que comme thème et comme prétexte. Le vol du faucon n’a pas plus de sens en lui-même que le lever ou le coucher du soleil, il n’en a que par le regard d’Alan. Écrire cette quête n’aboutit qu’à un constat de retour à soi. Le nature writing n’existe que parce qu’il a déjà échoué : Alan Tennant illustre une fois de plus ce paradoxe qui fait du genre américain l’un des plus riches et les plus féconds qui soient.

En vol d’Alan Tennant - Traduit de l’américain par Jacques Mailhos, Gallmeister, 420 pages, 25

Rêver à tire-d’aile Par Etienne Leterrier
Le Matricule des Anges n°94 , juin 2008.
LMDA papier n°94 - 6.50 €
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