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Domaine étranger Prodiges de Protée

juillet 2008 | Le Matricule des Anges n°95 | par Thierry Cecille

Réalistes et fantastiques, symboliques et naturalistes, satiriques et lyriques : les récits d’Eça de Queiroz témoignent d’un génie multiple et multiforme.

Mon nom est Eliziel, et j’ai été capitaine de la police du Temple ; je suis vieux et glisse vers la tombe ; et avant qu’on ne me couche pour l’éternité sous une pierre lisse, à Josaphat ou dans les catacombes de Siloé, je veux raconter ce que je sais et ce que j’ai vu d’un homme excellent… » Ainsi s’exprime un vieux Juif pieux, qui n’a pu, dans sa jeunesse, résister à l’attraction du Prophète de Galilée. Nous le suivons au Temple, dans les ruelles de la vieille Jérusalem, nous croisons des légionnaires romains et des Pharisiens, nous sommes dans la foule scandalisée face à la femme adultère. Eliziel, enfin, parvient à approcher Jésus - et il devient alors le Tentateur : « Je parlais exalté, je lui montrais Jérusalem et je lui disais : - Tu auras la Palestine jusqu’à la mer, et tu seras le roi d’Israël ! Mais Jésus, levant la main (…) me dit : - Va-t’en : mon royaume n’est pas de ce monde. »
Eça de Queiroz (1845-1900) n’a que 25 ans lorsqu’il écrit ce conte, parfaitement maîtrisé, entre l’Hérodias de Flaubert et La Dernière Tentation du Christ de Kazantzaki. Cette édition intégrale d’une vingtaine de contes et nouvelles, élégamment traduits et judicieusement présentés par Marie-Hélène Piwnik, nous permet de découvrir une palette de tons et de thèmes étonnamment divers. Alors que ses romans les plus importants ont déjà été publiés, en particulier par le même éditeur (Le Crime du Padre Amaro, L’Illustre Maison des Ramires), nous pouvons suivre ici aussi la trajectoire tout entière de Queiroz, puisque le premier de ces textes fut écrit en 1866 et le dernier en 1898. Si les contes correspondent plutôt à une veine fantastique ou parfois religieuse, plongeant dans l’Antiquité ou le Moyen Age, et les nouvelles à une volonté plus réaliste, la même qualité d’écriture, la même tenue les réunit. On trouve, il est vrai, ça et là, dans les textes de jeunesse, quelques scories de romantisme noir mal digéré, du macabre un peu grand-guignolesque, ou bien quelques excès de sentimentalisme pathétique - mais cela disparaît rapidement. « Adam et Eve au paradis » nous offre un tableau à la fois horrifique et humoristique de ce que put être l’existence de nos premiers parents, quand ils avaient à affronter une nature encore mal assagie, les soubresauts de la terre et « la nuée des ptérodactyles », et qu’il pouvait arriver à Adam de regretter d’être descendu de son arbre, où « il bénéficiait des douceurs de l’irresponsabilité ». De même, dans « La Perfection », Ulysse, quand les dieux le libèrent enfin de Calypso et de son île paradisiaque, se réjouit de ne plus devoir supporter cette ennuyeuse utopie, et avoue que son âme « aspire à ce qui se déforme, se salit, se désagrège et se corrompt ».
Nous avouerons notre préférence pour les cinq nouvelles - qui rivalisent avec les meilleurs textes de Maupassant ou de Tchekhov. S’y débattent des cœurs simples et des âmes tourmentées, des mélancoliques et des passionnés, tous scrutés et décrits avec, alternativement, empathie et ironie. Le « super-civilisé » Jacintho baille d’ennui devant le luxe qui l’entoure, souffrant de « saturation » dans un univers où aucun contact avec la dure réalité ne lui est plus permis. Il pourra retrouver le goût et le sens de l’existence quand le hasard l’aura conduit dans une de ses propriétés, à l’écart de toute « civilisation », dans un monde pourtant géorgique et profus - où il redécouvrira le rire à la lecture de Don Quichotte ! Dona Maria de Piedade, elle, satisfaite jusque-là de son existence villageoise et bornée, « heureuse en étant bonne », connaîtra la passion par un unique baiser réveillant sa « touchante virginité d’âme au bois dormant » - et dès lors, progressivement, sombrera dans l’hystérie et l’avilissement irrémédiable. Chacun de ces personnages, à un moment, devra, à sa manière et avec ses forces et faiblesses, affronter « l’impatient roman de ses nerfs » - et sans doute leur ressemblons-nous en cela.

Contes
et nouvelles

Eça de Queiroz
Traduit du portugais par Marie-Hélène Piwnik
La Différence, 443 pages, 25

Prodiges de Protée Par Thierry Cecille
Le Matricule des Anges n°95 , juillet 2008.
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