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Théâtre Cuisiner l’oral

janvier 2009 | Le Matricule des Anges n°99 | par Laurence Cazaux

Claire Rengade invente une matière verbale pour dire notre frénésie de très grande vitesse.

Ma plus grande pièce c’est dehors

Auteur, metteur en scène et comédienne Claire Rengade dirige la compagnie Théâtre Craie. Depuis 2001, elle met en scène ses propres textes. Elle se présente comme un auteur brassant des thèmes aussi divers que les inondations, les mines de fer, les super-héros, la guerre en Irak, la pisciculture, la culture caprine ou la mondialisation, en s’attachant à « un théâtre réel sans réalisme, obnubilé par la parole ». Un résumé qui laisse augurer de jolies surprises.
Claire Rengade écrit Ma plus grande pièce c’est dehors en immersion pendant deux ans sur un grand chantier (il s’agit de la ligne TGV-Est). Elle monte dans les engins, vit chez l’habitant, participe aux rencontres techniques et prend multitude de notes.
« J’ai toute une cuisine avec l’oral. Je prélève des modules de paroles que j’expérimente, j’écoute où ça respire, où ça se trompe, comment le texte est remplacé par un geste, comment les lapsus et les répétitions construisent leur propre grammaire, ou comment les mots sont évités, jargonnés, codés. J’ai un passé d’orthophoniste qui n’y est pas pour rien dans mes obsessions. Je relève le flux d’un locuteur dans différentes situations, je note à quel moment le corps entre en jeu, c’est-à-dire à quel moment on passe du discours à la parole… Il n’y a pas de personnages mais des personnes, des locuteurs saisis dans une matière verbale. »
La matière première de ce texte, c’est sa langue, son oralité, son souffle, son flux, une matière dont il faut se laisser traverser. Le texte ne comporte pas de ponctuation ni de distribution, juste une didascalie au début de chacune des trente séquences, histoire de lancer quelques pistes. Par exemple « 14 - les propriétaires d’un même corps » ou « 19 - le ploum ploum/ texte à vapeur pour homme à mains nues ».
Il faut mâcher cette matière, l’entendre, la décortiquer pour que naissent des voix, des figures : ceux qui travaillent sur le chantier, ceux qui regardent le chantier changer le paysage, les morts d’un cimetière que l’on déplace… « On a déplacé le cimetière/ en fin de compte il était très mal placé/ les cimetières c’est autour des églises/ toujours/ là on a trouvé un cimetière près du poste 1/ à cause du choléra/ on a enterré les gens là/ faute de place/ et des soldats/ comme il se tenait un peu sur l’endroit où on devait construire/ y’a à peu près 530 corps/ faut qu’ils soient correctement vêtus/ les corps entiers hein/ ceux qui font le rite/ faut des gants blancs c’est le respect/ déplacer un cimetière c’est pas courant (…) ».
Cette pièce ne se laisse pas toujours facilement appréhender. Le lecteur doit prendre plaisir à mener son enquête, elle passe par le plaisir de dire. Un texte à « dire droit en laissant le corps tomber dedans » selon son auteur.
Claire Rengade dit avoir écrit sa pièce en courant. « Il faut que les locuteurs soient en lutte avec la machine. La machine au sens global, le système, le je ne sais quoi qui nous fait courir, progresser, monter, avoir la sensation de mettre notre vie en retard. » Effectivement, nos grands chantiers racontent notre course éperdue de vitesse, mais pour finalement nous perdre où ?
Une des belles surprises de cette pièce qui maintient le lecteur en alerte, c’est de constamment décaler le réel. Apparemment, Claire Rengade adore la bascule entre réalisme et onirisme. La description du forage peut ainsi ressembler à une séquence de science-fiction, dans un monde en fusion, irréel, fascinant et dangereux.
Au final, cette pièce est une forme très novatrice entre théâtre, poésie et reportage. Un flux impressionniste, parfois dense, touffu, ardu, mais qui sonne, résonne, jubile. Une vraie belle surprise d’écriture.
Ma plus grande piÈce c’est dehors
de Claire Rengade
Éditions Espace 34, 76 pages, 12

Cuisiner l’oral Par Laurence Cazaux
Le Matricule des Anges n°99 , janvier 2009.