La lettre de diffusion

Votre panier

Le panier est vide.

Nous contacter

Le Matricule des Anges
BP 20225, 34004 Montpellier cedex 1
tel 04 67 92 29 33 / fax 09 55 23 29 39
lmda@lmda.net

Connectez-vous avec les anges

Vous n'êtes actuellement pas identifié. Pour pouvoir commander un numéro, un abonnement ou bien profiter, en tant qu'abonné, des archives en ligne, vous devez vous connecter avec votre compte.

Retrouver un compte

Vous avez un compte mais vous ne souvenez plus du mot de passe ? Vous êtes abonné-e mais vous vous connectez pour la première fois ? Vous avez déjà créé un compte, peut-être, vous ne savez plus trop ?

Créer un nouveau compte

Vous inscrire sur ce site Identifiants personnels

Indiquez ici votre nom et votre adresse email. Votre identifiant personnel vous parviendra rapidement, par courrier électronique.

Informations personnelles

Pas encore de compte?
Soyez un ange, abonnez-vous!

Vous ne savez pas comment vous connecter?

Théâtre Inventions créoles

mars 2009 | Le Matricule des Anges n°101 | par Etienne Leterrier

Deux livres, parus chez Lansman, font résonner le théâtre et les voix poétiques antillaises, en ces temps de colère.

Embouteillage caraïbe

Conte à mourir debout

La metteur en scène Anne-Laure Liégeois, directrice du Centre dramatique national de Montluçon, avait proposé en 2003 un spectacle collectif intitulé Embouteillage. Pour cette création, elle conviait plusieurs écrivains à raconter trente-six « scènes automobiles ». Elle a depuis choisi d’en exporter l’expérience outre-mer, en invitant sept auteurs à proposer leur vision d’un Embouteillage Caraïbe. Le spectacle, créé fin janvier 2009 au fort Delgrès (Guadeloupe), réunissait douze voitures servant d’habitacles de représentation, dans lesquels le public était invité à entrer successivement.
Le collectif d’auteurs réuni parvient à jouer de cette situation où les voitures sont à l’arrêt, pare-chocs contre pare-chocs, une situation aussi riche en possibilités dramaturgiques parce que pauvre en possibilités d’évasion, et donc féconde par sa contrainte même. Comme son cousin de métropole, l’Embouteillage Caraïbe se retrouve bien vite prétexte et contexte à d’autres perturbations, à d’autres blocages plus figurés. Chez Arielle Bloetsch, un père et sa fille ne se comprennent plus lorsque l’un pense à sa femme en prison, l’autre à son Ipod. Chez Gilda Gonfier, un syndicaliste prend son patron en stop au milieu d’un mouvement social avant que tous deux ne s’écharpent dans un quiproquo sur le mot « blocage ». Certains automobilistes monologuent. Pour d’autres enfin, l’impossibilité d’avancer offre en retour un instant de rétro - ou d’introspection : chez Ina Césaire, une femme se remémore son demi-siècle fait d’espoirs et de frustrations, le chauffeur de Frantz Succab ramasse un auto-stoppeur imaginaire, sorte de rasta au français châtié qui lui réapprend… comment conduire sa vie.
Loin des routes embouteillées, la pièce Conte à mourir debout, du même Frantz Succab emmène le spectateur à Nòlfòk. Le vieux joueur de tambour Roberval, « le premier des tambouyès de la Guadeloupe », apprend qu’il va mourir. Vaut-il mieux, dès lors, choisir de disparaître d’ « un saisissement au clair de lune » ? Devenir « un cadavre réfrigéré et embaumé » ? Autour du vieux musicien finissant, son épouse Bertilia, des voisines et des passants se pressent, évoquent le tan lontan tandis qu’un chroniqueur prénommé « Tcharly » rôde, chargé par une radio de raconter l’histoire au public.
Bien vite toutefois les rôles s’échangent et le chroniqueur devient celui qui écoute. Tour à tour metteurs en scène et interprètes, voix récitantes, chœur des « ménagères typiques » ou « créatures » de la nuit, Bertilia et Nini, Djimi et Pè BB se succèdent pour donner corps au récit et faire entendre « un peuple pour qui la honte suprême est de laisser mourir un « double-six » dans la main sans servir ». Frantz Succab propose un « théâtre de l’esquive », un téyat du masko qui mélange le boniment, les fables, et congédie la vérité tout en invitant à table la légende. Épique, en cela qu’elle place au premier plan l’art du récit, de la parole, le bagoulage et la « loquance du vocaliste », son écriture donne des procédés brechtiens (car Frantz Succab est aussi journaliste et pamphlétaire) une version antillaise qui mélange créole et français pour créer une langue en permanence fécondée, où abondent jeux de mots et aller-retours comiques.
Aussi le chroniqueur échoue-t-il à rendre compte des mystères et des prestiges qui entourent le vieux tambouyès, et les « petites bouches » qui l’entourent. Ce n’est pas le moindre des paradoxes de Frantz Succab de donner, dans son théâtre, toute la place au verbe, tout en faisant de celui-ci le suspect, dès lors que « toutes (les) petites vérités parlent grand français dans la rue ». C’est là le sens du masko, qui fait des « tchip » dédaigneux de Bertilia ou même du « silence créole » une éloquence à part.

Embouteillage Caraïbe de Arielle Bloesch, Ina Césaire, Gilda Gonfier, José Jernidier, Bernard G. Lagier, Laura Lecler, Frantz Succab et Conte à mourir debout de Frantz Succab, Lansman, 88 et 56 pages, 12 et 9

Inventions créoles Par Etienne Leterrier
Le Matricule des Anges n°101 , mars 2009.
LMDA papier n°101 - 6.50 €
LMDA PDF n°101 - 4.00 €