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Poches Nouvelle vague

mars 2009 | Le Matricule des Anges n°101 | par Camille Decisier

Plus de trente ans après sa première publication, réédition du roman initiatique de José Agustin qui brisa les chaînes de la littérature et du rock « chicano ».

Mexico midi moins cinq

À la charnière des années 60 et 70, au Mexique, sous la présidence de Lopez Mateos, la culture rock est si furieusement persécutée que tout musicien aux cheveux longs risque, au pire, la prison, au mieux, la tonsure. Le rocanrol, directement importé des États-Unis, est considéré comme la transgression ultime par un gouvernement tout amidonné de morale catholique, et honnissant par-dessus tout l’impérialisme culturel nord-américain. Le rock est un problème social à résoudre ; réglé par la répression, il est dès lors fatalement destiné à devenir une véritable contre-culture. La Onda chicana est née, qui en rédige avec fracas le manifeste, sur fond de guitares électriques et de perspectives littéraires renouvelées : contestation des nationalismes traditionnels, quête de nouvelles identités communautaires, fusion de la culture indigène et d’un mouvement underground encore tâtonnant, intranquillité revendiquée d’une jeunesse sous le choc du massacre étudiant de Tlatelolco, en 1968. Mouvement politique et culturel, la Onda cherche à rattacher la rébellion mexicaine à l’ensemble des insurrections qui secouent, un peu partout, cette fin de décennie : les groupes de rock délaissent l’espagnol pour des textes en anglais, afin de mieux sceller l’alliance, aggravant leur acte de « trahison nationale ». C’est l’éveil d’une conscience contre-culturelle à l’échelle mondiale.
Du point de vue de la littérature mexicaine, José Agustin en est peut-être le précurseur. C’est lui, du moins, qui parvient à souder la facette littéraire de la Onda et son expression musicale. Il n’a que 22 ans lorsque paraît, en 1966, Mexico midi moins cinq. La jeunesse retrouve immédiatement ses repères dans cet instantané pris sur le vif le roman est un plan séquence sur trois jours de la vie d’un adolescent des quartiers aisés de Mexico. À un père psychiatre, une mère déboussolée, un frère « télémaniaque » et même une bonniche affriolante, le narrateur préfère la compagnie des blousonneux, avec lesquels il s’applique à la glandouille et aux dépucelages variés : premières cuites au whisky barboté à papa, découverte des plaisirs fulgurants de la pornographie sur papier glacé, cuisante virée au bordel, extases rock’n’rollesques ( « love and crash babe jump and fly girl / shout and yell babe / suck and gulp girl » ) et pseudo-polémiques conceptuelles ( « Elle n’a pas la moindre idée de ce que c’est que l’aaart, elle sait pas les efforts que ça demande pour être géniaux à des types comme les Beaceps, ou à TWA Debonair, ou à Patty Flesh, dont l’indéniable qualité a révolutionné la musique, le slop, le frug, le monkey, le grup, le flop, le sock, le jerk, le pricky et le beat, non seulement aux États-Unis mais dans le monde entier » ). Pour la première fois dans la littérature mexicaine, les personnages sont ici appréhendés dans leur réalité quotidienne, Agustin attachant une importance avant-gardiste à des gestuelles en apparence insignifiantes fumer une cigarette au soleil, prendre le bus, écouter des disques. L’adolescence n’est plus reflétée par l’optique des adultes, mais par la sienne propre, ce qui est en soi, pour l’époque, révolutionnaire. La maîtrise parfaite du discours direct et de l’argot urbain, la profusion de néologismes hilarants font de Mexico… une œuvre expérimentale et iconoclaste qui ouvre de nouvelles perspectives techniques au roman sud-américain.
Écrivain engagé, Agustin passa par la case prison (où il écrivit son troisième roman, Acapulco 72) pour raisons politiques et publications à caractère « obscène ». Il est célèbre pour avoir proclamé que le rock n’est pas patrimoine exclusif des États-Unis. On peut écouter, par exemple, Abuso de Autoridad, de Three Souls in my Mind, et juger par soi-même.

Mexico midi moins cinq de José Agustin
Traduit de l’espagnol (Mexique) par Jean-Luc Lacarrière, La Différence, « Minos », 478 p., 12

Nouvelle vague Par Camille Decisier
Le Matricule des Anges n°101 , mars 2009.
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