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mai 2009 | Le Matricule des Anges n°103 | par Anthony Dufraisse

Pour la première fois, Yves Ternon l’historien se penche sur sa propre histoire et revient, de mémoire, sur les lieux de l’enfance.

7, rue de Chelles : Pour ce que nous avons été enfants

Qui est Yves Ternon ? Un de ces hommes que de grandes dispositions autorisent à mener une double vie. Aujourd’hui âgé de 77 ans, ce chirurgien de profession est devenu sur le tard un historien de renom. Quiconque a un jour travaillé sur les génocides du XXe siècle, a forcément lu l’un ou l’autre de ses ouvrages qui font autorité. Scalpel rangé et archives sous clé, Yves Ternon parle, cette fois, en son seul nom. Grande première pour lui, et grand plaisir pour nous, il ouvre une parenthèse autobiographique. Il regarde en arrière l’espace d’un livre, qui retrace la période enfantine allant de 1935 (il a un peu plus de 3 ans) à 1952, l’année de ses 21 ans, alors l’âge légal de la majorité.
Le problème sera toujours le même lorsqu’il s’agit de se raconter à la première personne. Comment procéder ? Être objectif ? Et d’ailleurs, faut-il l’être ? Pas plus que ses prédécesseurs qui se sont frottés à l’exercice du retour sur soi, Yves Ternon n’échappe à ces questions. Averti par son expérience d’historien, il sait bien le reproche de partialité qu’encourt celui qui fait acte de mémoire, qui plus est dans le cadre d’une rétrospective intime. On croit tout d’abord que pour s’orienter dans ce lointain autrefois, Ternon va se contenter de suivre l’ordre chronologique. D’une certaine manière, c’est ce qu’il fait. Sauf que la chronologie, et c’est là tout l’intérêt de la démarche, se double d’une topographie, au sens littéral du mot : écriture des lieux. « Plus je retrouvais quelques souvenirs, explique-t-il dans les premières pages, moins je parvenais à les ordonner, jusqu’à ce que je m’aperçoive que ce n’étaient ni le temps, ni les événements que j’évoquais qui s’ébauchaient d’abord dans ma mémoire, mais des lieux ». C’est donc la mémoire des lieux qui permet à l’auteur de retomber en enfance, de retrouver et de suivre presque à la trace le garçonnet qu’il était puis l’adolescent et jeune homme qu’il deviendra. Le 7, rue de Chelles qui donne son titre au livre, est parmi d’autres une adresse (celle-ci à Vaires-sur-Marne) où Yves Ternon se transporte par le souvenir. De Chelles à Paris en passant par ce qu’il appelle ses « terroirs » (la Normandie, les Vosges), l’auteur arpente les lieux de sa mémoire, réveillant les atmosphères et ravivant les états d’esprit oubliés. Lieux de résidence ou de villégiature, lieux « de séjour » ou « de passage » servent de point d’ancrage au visiteur du passé. Comme un exercice de cartographie mentale. Secondaires ou familières, des silhouettes l’accompagnent aussi dans cette traversée du temps et des époques, l’entre-deux-guerres, puis l’Occupation, l’après-guerre enfin. Les périodes qui se succèdent, le milieu familial, l’éducation catholique sont autant d’éléments du puzzle identitaire qui peu à peu se met en place. Plus que les origines, « ordinaires, communes, vulgaires », confesse Yves Ternon, c’est en effet l’identité qui semble l’intéresser, ce jeu de construction, de conditionnement du « moi protéiforme ». Les sources vives, les blessures, les structures mentales, voilà sur quoi s’interroge l’auteur au fil de sa remémoration.
Ce récit sobre et tout en retenue de l’apprentissage du jeune Yves Ternon, qu’une intuition puis une nécessité détournent de la voie que d’autres avaient tracé pour lui, est touchant de sincérité. L’élégance du style mérite qu’on y insiste. Le ton sans affectation qu’il fallait, Ternon l’a trouvé, avec ses émois et ses distances (ni trop de psychologie et juste ce qu’il faut de pittoresque). C’est enfin par la façon qu’il a de dévoiler l’échafaudage du livre en réfléchissant sur la capricieuse mémoire qu’il nous a semblé d’une qualité singulière.

7, rue de Chelles d’Yves Ternon
Le Félin, 174 pages, 18,90

Sentiment géographique Par Anthony Dufraisse
Le Matricule des Anges n°103 , mai 2009.
LMDA papier n°103 - 6.50 €
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