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Domaine français Mémoire des peaux

juillet 2009 | Le Matricule des Anges n°105 | par Jérôme Goude

Par une succession de courtes proses consacrées aux aléas du toucher, Michel Jullien égrène les choses revêches ou malléables auxquelles un minot s’est frotté.

Compagnies tactiles

Naître au monde exige non seulement une lente appréhension de la langue, de la profusion des sens qui s’offrent et se dérobent, mais aussi, surtout, une domestication acharnée parce qu’illusoire de la matière. Ainsi, pour endiguer l’ennui dont il faudrait cesser de croire qu’il est l’apanage d’adultes neurasthéniques, l’enfant met en scène des stratégies imaginaires cernées par une gamme d’objets manufacturés et, plus souvent, par un arsenal de « pièces ramassées à terre, une à une, déchues », insignifiantes. Un pas de vis, des « cailloux sans carat », du papier carbone, une prise femelle ou bien encore quelques branches « sujettes à la peur de l’abandon », les mains, curieuses et « demanderesses », s’emparent de n’importe quoi. Fortes d’une « garnison de doigts communautaires », véritable « microsociété d’Ancien Régime », elles palpent, caressent, auscultent et triturent. Compagnies tactiles, premier récit composé de quinze textes a priori hétérogènes, de longueur variable, restitue la mémoire sensible de ce monde en « état de poésie spontané » et d’éveil permanent.
Le livre d’un apprenti-collectionneur cheminant à tâtons.
À la façon d’un Francis Ponge, Michel Jullien prend, avec une infinie dextérité littéraire, le parti étrangement animé des choses. De la « vieille malle recelant les souvenirs des sensualités de (son) enfance », non seulement il extrait des objets formatés, fabuleux ou déclassés, mais il exhume aussi ces années où le « retour des fruits » sustentait une sensibilité vive et imaginative. Lors, la texture, le goût et les couleurs faisant, un bestiaire surréaliste trahissait la monotonie des jours. Par le truchement d’images archaïques, chaque fruit - la myrtille, le citron, la mûre ou la figue - se métamorphosait qui en poulpe et en « bel oiseau apprivoisé », qui en lézard et en hibou. Pourtant, parmi la cohorte des « entités fantastiques » dont les mues se sont lentement déposées dans les tréfonds d’une « conscience silencieuse », certaines, autonomes, rivalisèrent d’exigence et d’entêtement. Compagnies tactiles ne pouvait décemment pas passer sous silence tout ce contre quoi l’enfant a buté. Tel l’aimant qui s’expose à d’inévitables heurts, notre « bonne volonté récréative » ne fut-elle pas aussi écorchée par la matière sourde ou rugueuse d’objets sournois ?
Outre le ressouvenir de la « peau ténue des clémentines », Michel Jullien laisse en effet affleurer des sensations provoquées jadis par le contact nauséeux de papiers « gluants de tanin », d’algues « pleines de barbilles filamenteuses », ainsi que par les « frôlements de laine de verre » des pantalons de tergal. Bric-à-brac poétique - une loupe, « consul honoraire du tiroir » ne voisine-t-elle pas avec les « antennes d’escargot » d’un téléviseur ? -, Compagnies tactiles convoque l’ « inimaginable » d’un apprenti-collectionneur cheminant à tâtons. Un inimaginable d’équations tangibles que posèrent, entre autres, et l’inusable bicycle et l’aimant « teigneux, bêta ». Truffé de mots qui sont comme autant d’objets abscons et baroques, ce récit fragmentaire et très évocatoire de Michel Jullien célèbre le « désœuvrement éprouvé à part soi », loin des parents, dans la solitude d’un dialogue recommencé et mystérieux avec ces petits riens que sont les choses ordinaires. « Qu’une seule bulle échappe à l’étendue de notre savoir et (la substance même de) notre enfance (n’est-elle pas) sauve » ? Ne peut-on pas jouir encore du « bonheur de (notre) crédulité », s’enchanter de la ferblanterie d’une boîte à sardines et « empoigner l’armature » improbable de notre vieux vélo ?

Compagnies tactiles de Michel Jullien
Verdier, 73 pages, 9,80

Mémoire des peaux Par Jérôme Goude
Le Matricule des Anges n°105 , juillet 2009.