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Domaine français Le monde de travers

septembre 2009 | Le Matricule des Anges n°106 | par Chloé Brendlé

Dans ce premier roman drôle et noir, journal de la bêtise ordinaire, François Beaune nous convie à partager l’étrange familiarité du louche.

Ce premier roman a pourtant tout pour déplaire : une forme a priori nombriliste et auto-flagellante, celle du journal, et un narrateur non dénué de narcissisme, convaincu d’avoir des « superpouvoirs ». Dont celui de lire dans la tête de son écervelée de sœur, à la « psyché mort-née », fascinée par le monde aquatique, notamment en la personne de sa pieuvre domestique. Il est considéré par ses profs comme un « débile gênant » et se consacre en secret à une « triple étude sur la famille, l’adolescence féminine et les salles d’attente ». Construit en deux parties, deux cahiers tenus à une trentaine d’années d’intervalle par le même individu, Jean-Daniel Dugommier, dit « le Glaviot », pas spécialement sympathique, le récit de François Beaune (né en 1978) n’est pourtant ni un manuel du parfait petit dépressif ni du cynique accompli. L’ironie et l’humour sont des armes que le narrateur manie très bien, et d’abord envers lui-même. La famille Dugommier est, apparemment, tout ce qu’il y a de plus « normale » au sein d’une population de « quatre-vingt-trois habitants, dont trois paires de jumeaux et jumelles, une bossue, cinq alzheimers, vingt et un cancers du sein, cinquante-huit fausses couches environ, trois héroïnomanes (et woman), quinze alcooliques (dont six femmes), sept épileptiques et deux agoraphobes (dont moi) ». Elle végète quelque part dans un sud de la France qui n’est pas celui des cartes postales. Héritier lointain de Bouvard et Pécuchet ou rejeton de Frédéric Moreau et Emma Bovary (sa sœur est d’ailleurs un homonyme à peine dégénéré de l’héroïne de Flaubert), le superhéros louche réussit l’exploit du rien, ce qui est déjà quelque chose… Adolescent, il est ambitieux, vachard, impertinent ; adulte, il est alcoolique, célibataire perpétuel, et son fils s’est jeté par la fenêtre. Il continue à « contempler sa solitude », et son internement passé à l’hôpital psychiatrique : « Ma mère aurait voulu que je sois ingénieur, avec une maison de campagne, trois enfants, deux voitures. Quand elle m’a vu sur mon lit d’hôpital, à quatorze ans, attaché, bavant sur l’oreiller, elle a bien dû comprendre son erreur. » Il écrit avec une autodérision poignante « Plus on est petit plus les limites sont grandes » : autant dire que le réel a des ressources insoupçonnées. Toute une zone en friche de l’imaginaire soudain mise à nu. Car il s’agit ici de faire affleurer le romanesque dans le minuscule et l’insolite, dans les trous de ce que le narrateur nomme avec justesse le « sous-réalisme » : tapi dans ces interstices, autrement dit dans des buissons, il relate la folie, la bêtise et le désespoir ordinaires, en voyeur, en homme qui « s’intéresse plus à la merde qu’au chien », ou, pour le dire élégamment, en écrivain. Celui qui louche du côté gauche. Et qui ausculte l’ordinaire, plein d’ennui et de petitesse, de gluant et de malodorant, au scalpel.
« Plus on est petit, plus les limites sont grandes ».

Progressif et constant est l’assombrissement de ce roman qui résonne comme l’appel au secours d’un homme seul, et déjà mort lorsqu’on voudrait lui effleurer la joue des doigts : les cahiers que l’on lit sont censés être tout ce qu’il reste de son court passage sur cette planète. La (demande de) tendresse vous saisit là, dans toute sa crudité. Roman d’une entreprise de récupération de notre réel en manque d’épopée ou d’utopie, et tentative de « terrorisme de la perception », écrit dans une lucidité qui s’aveugle encore, il aurait sans doute gagné à être un plus court. Et cela change, fait rire, dérange, tirerait bien une larme, démange, en cette période de rentrée littéraire.

Un homme louche de François Beaune
Verticales, 344 pages, 20

Le monde de travers Par Chloé Brendlé
Le Matricule des Anges n°106 , septembre 2009.
LMDA papier n°106 - 6.50 €
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