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Essais Le goût du néant

juin 2010 | Le Matricule des Anges n°114 | par Thierry Cecille

Loin de n’être qu’un phénomène inquiétant du monde de l’art, le règne du kitsch est une arme maîtresse du système capitaliste actuel : Valérie Arrault en analyse les pratiques et les dangers.

L' Empire du kitsch

Il fut un temps béni où il était aisé de savoir à quoi s’en tenir : un poulbot en faux étain sur la porte des toilettes, une photographie du fils aîné au service militaire trônant au-dessus du canapé, une reproduction de l’Angélus de Millet encadrée dans la cuisine, c’était cela le kitsch, le mauvais goût, le goût des autres. Puis cela se compliqua : dans L’Homme sans qualités Musil voyait du kitsch dans les propos d’un Arnheim, sorte d’Attali ou de B.H.L. avant la lettre, Kundera jugeait kitsch l’avenir radieux que promettait l’ère soviétique - et Warhol reproduisait en couleurs crues les people de son temps. Aujourd’hui un agrégé de Lettres peut prendre la défense d’Amélie Nothomb, un galeriste encenser le dernier Avatar hollywoodien - et tenter, dans un dîner du samedi soir, de différencier culture et sous-cultures suscitera au mieux un silence scandalisé, au pire votre lynchage.
C’est que le kitsch, explique Valérie Arrault dans cet ouvrage roboratif, n’est plus seulement une sorte de faubourg mal famé de l’art, où l’on pouvait jadis s’aventurer avec dégoût ou curiosité, il est désormais au cœur de ce complexe que constituent les pratiques artistiques et touristiques mêlées, l’industrie de la culture et du divertissement. Les exemples bien sûr sont multiples, qui démontrent cet « empire » - et Valérie Arrault a dû resserrer son enquête. Elle se consacre donc à des cas symptomatiques : deux parties sur Las Vegas et Disneyland encadrent une troisième consacrée aux arts plastiques, qui se concentre elle-même sur les œuvres du célébrissime Jeff Koons et des photographes français Pierre et Gilles. Précisons que l’auteure ne cesse d’établir des parallèles avec des pratiques artistiques plus authentiques et ne cède donc pas à cette sorte de poujadisme culturellement correct qui souvent s’attaque indistinctement à tout l’art contemporain sans distinction.
Alors que l’architecture de Las Vegas témoigne de la pratique de l’emprunt décontextualisé et de l’éclectisme antihistoriciste qui caractérisent par ailleurs ce qu’on a appelé la post-modernité, le jeu - qui en est la raison d’être - permet, lui, le triomphe d’une « mentalité magique » reposant sur « le hasard et la chance, substituts hédonistes au travail logique, rationnel, linéaire ». Il s’agit d’ « un camp luxueux de rééducation » où se refaire une santé mentale quand le monde extérieur, le vrai, l’angoissé et angoissant, vous impose lui aussi des règles du jeu : « la précarité, la flexibilité, la mobilité (…) nouveaux traumatismes inhérents aux nouvelles lois économiques ». Disneyland propose une profondeur (!) plus profonde du kitsch puisqu’il recycle des figures et emblèmes qui, déjà, dans les bandes dessinées et dessins animés, recyclaient eux-mêmes une culture rendue consommable, dénuée d’ambivalence, d’échos poétiques ou politiques. Disneyland n’est qu’une sorte de ventre maternel rassurant, et tout ce qu’on y conte ou chante se résume à une « petite mythologie » du « bonheur familial ». Le chien de douze mètres de haut, recouvert de fleurs, de Jeff Koons, trônant devant le Guggenheim de Bilbao, les Pharaons ou la Nina Hagen peinturlurée en déesse Kali de Pierre et Gilles sont revendiqués, de leur côté, comme le comble de la libération de l’individualisme artistique que le public ne peut qu’apprécier : « rien n’est plus démocratique que d’être libre de trouver du plaisir esthétique selon ses propres goûts » ! Déculpabilisés et cool, nous pouvons transformer la culture en un cocon n’exigeant de nous, au maximum, qu’un effort financier - notre énergie étant requise pour des tâches professionnelles toujours plus aliénantes. Le kitsch est donc un « appareil idéologique » du néo-libéralisme dont le but est bien de « faire prévaloir un imaginaire déhiérarchisé et hédoniste, c’est-à-dire anti-histoire, anti-rationalisme, anti-humanisme, anti-mémoire, narcissi- que, bref une anti-conscience politique ».

L’Empire du kitsch de Valérie Arrault
Klincksieck, 299 pages, 23

Le goût du néant Par Thierry Cecille
Le Matricule des Anges n°114 , juin 2010.
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