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Poésie Drôle d’indien

novembre 2010 | Le Matricule des Anges n°118

Avec America solitudes, James Sacré déplie vingt ans de poèmes : un paysage comme filmé depuis la ligne de la Route 66.

James Sacré nous avait déjà donné 31 poèmes dits « de l’Amérique un peu » (Contre-Pied, 2008), sous un format mince. Le « un peu » sonnant presque familièrement comme le presque rien de son écriture, mais aussi comme sa tonalité de fond : décalages dans la phrase d’un mot, boiteries souvent agrammaticales, mêlés l’un et l’autre à une feinte naïveté d’emploi de la langue. Avec America solitudes, il nous donne un gros bloc rouge de mémoires et de paysages, narrés dirait-on depuis la vitre d’une voiture, comme autant de km de pellicules abandonnées. Ce n’est donc pas tant « un peu » de l’Amérique qui vient à nous, mais toute sa vastitude.
L’Amérique racontée (depuis 1965 où il s’y installe puis y enseigne au Smith College, Massachusetts) est ce que nous voyons autant qu’elle nous regarde. Dans ce parallèle asphalté de route, la voilà qui se dessine, avec des indiens dessus. Voilà comment tout cela commence, voix donnée de l’un (qui écrit) vers l’autre (que l’on rencontrera) : « A cause qu’on a suivi assez longtemps un camion sur la route,/Qui transporte des produits laitiers, la marque c’est « Borden »,/ ça rappelle à quelqu’un qui m’accompagne en ce nouveau voyage à travers son pays,/Un souvenir d’enfance : chaque soir/Les bouteilles de lait vides qu’on mettait à la porte ». On entend déjà les bruits d’accélération des grands camions qui émerveillent l’enfance, et tout le silence qui les emporte aussi lorsqu’ils s’éloignent au coude d’une montagne tombée dans le rose de la nuit venant…, Sacré continuant tout seul « la route 66 comme un ruban déchiré/A cause de son usure,/Qui s’entortille/Autour de l’Interstate 40./De son tissu y reste pris, souvent presque rien/Un café, une station-service, un magasin qui vend/De la pacotille pour touriste (…)  ». Poèmes stations, avec arrêts fréquents, pages parfois listées de lieux (indiens, petits cafés, lieux de mémoire, Botanic garden, etc.), café brûlant, attente, accoutrements des uns, travailleurs, journaliers, l’immense commerce qu’est aussi ce pays, où James Sacré ajuste la focale, appuie peut-être sur « pose », avant de reprendre la lecture. Une sorte de lent enregistrement.
Il y a dans ce chantier l’acceptation que toutes choses puissent venir et exister au sein du poème, de la figure d’Orphée à une simple boîte de conserve, de la noblesse d’un panier tressé aux motifs prosaïques que rappellent les grands cactus Saguaros : « Saguaros velours vert quand on les voit de loin./Saguaros cactus vert côtelé/Si dressés dans leur solitude/Comme tendue au plus fort, et que personne peut toucher.//(…) On se dit que les indiens de la région/Doivent se raconter plein de blagues drôles,/Ou douloureusement érotiques/A propos de ces grands cactus Saguaros/Dressés si tendus, tout ce charnu de leur vert/Si tendu dans leur solitude qui a,/ Maintenant qu’on est en mai/comme une montée/De sperme fleuri au bout de leur désir debout ». Cela se raconte en 47 séquences de poèmes, en vers libres majusculés, chacune y devenant une poche de mémoires bouleversées, non-linéaires, dans laquelle la répétition est toujours maintenue vivante, à l’exemple de ces cactus, deux fois dressés et tendus, selon l’angle où ils se montrent…
Figures qui bougent un peu (Gallimard, 1978) pourrait être le titre quasi-idéal de la démarche poétique de James Sacré : sa fidélité à ce presque rien des surfaces, américaines ici, mais boulangées avec le parler de son enfance vendéenne, ou par les paysages du Maroc…, tous étant traversés sans jamais qu’aucun « je » n’encombre ou n’empiète le poème. Sa barque lente accompagne nos yeux, une vache n’est pas loin, l’oued monte, le canyon brille : « Si l’ombre et la lumière bougent un jeu de coulisses mobiles/Le rose devient crayeux, quasi ocre en de fins triangles qui découpent du clair/Sur un fond rocheux sombre où s’épuisent les mots ». Où ils ne s’épuisent pas ; pas pour nous.

Emmanuel Laugier

America solitudes
James Sacré
André Dimanche éditeur, 352 pages, 27

Drôle d’indien
Le Matricule des Anges n°118 , novembre 2010.
LMDA PDF n°118
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