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Domaine français Goncourt & Femina

octobre 2012 | Le Matricule des Anges n°137

Monument à la gloire d’Alexandre Yersin, le nouveau roman de Patrick Deville fait aussi l’éloge d’un temps où l’aventure se mariait à l’invention. Et postule pour un grand prix.

Peste et choléra

Les jurés Goncourt seraient bien inspirés de couronner le neuvième roman de Patrick Deville. Pour au moins deux raisons : d’une part, Peste & choléra fait partie des meilleurs livres de cette rentrée, d’autre part parce que cette vie d’Alexandre Yersin a été lissée par son auteur afin qu’aucune aspérité n’éloigne de son front les lauriers qui lui semblent promis. Prétendre que ce roman est excellent et dire qu’il a été écrit pour obtenir un prix littéraire peut paraître contradictoire, mais il n’en est rien. Car en suivant les traces d’Alexandre Yersin, l’inventeur du bacille de la peste, depuis son canton vaudois où il naît jusqu’en Indochine où il meurt, Patrick Deville poursuit un projet entamé avec Pura Vida en 2004 : explorer un continent en même temps que les 150 dernières années qui s’y sont déroulées. Ses livres, jusqu’alors, exhumaient les mouvements révolutionnaires qui embrasèrent plus (au Cambodge dans Kampuchéa) ou moins (au Nicaragua dans Pura Vida) les paysages traversés. Mêlant la biographie à l’Histoire et à la géographie, Deville dresse ainsi une carte du monde tenue par une langue impeccable, somptueuse et sans graisse.
Peste & choléra ne déroge pas à la règle. À ceci près que, outre l’absence de révolutions au cœur du livre (les conflits se tiennent quasiment hors champs), la lumière qui traverse tout le livre semble avoir été lavée du noir qu’on trouvait dans les livres précédents. Yersin, à ce titre, est un héros parfait : aventurier et savant. L’aventurier ouvre devant nous des voies inconnues vers le fleuve Mékong : « On avance droit devant. En des territoires innommés vers les peuplades furieuses et sans violons et sans alexandrins. On tient le cap au compas de marine. Ça ressemble à la vraie vie libre et gratuite. » Le scientifique, un brin ermite sans être misanthrope, incarne un progrès dont on voudrait qu’il soit toujours ainsi : au service des hommes. Inventeur multicartes, Yersin est le Rimbaud de la médecine : il abandonne les bacilles pour la physique et « allie les miracles de la modernité à son goût de la mécanique, du cambouis et de la clé à molette comme de la seringue et du microscope ». Avant de se lancer dans la production de caoutchouc et son commerce. L’homme touche à tout. Il crée une nouvelle race de poules, là-bas, en introduisant dans son élevage un coq vaudois, et Deville s’amuse : « Les poulettes ébouriffées n’ont pas vu le coup venir. Elles prennent goût à la recherche scientifique. » Une recherche, précise l’auteur, qui ressemble aux premiers âges de l’aviation. C’est du bonheur donc, et le noir n’a pas droit de cité. La phrase semble s’être encore amaigrie (tout en gardant puissance et élégance) comme si la violence des révolutions qui la débordaient jusqu’alors ayant été évacuée, elle n’avait plus à sortir du lit de sa syntaxe.
C’est faire la fine bouche que de le regretter tant ces pages dépaysent le lecteur, l’instruisent, le font voyager sans les tourments du voyage.
Ça l’est d’autant plus que Patrick Deville instille dans son roman un procédé narratif épatant. Il se glisse dans sa fiction historique, sous l’apparence (si l’on peut dire) d’un fantôme venu de l’avenir (notre présent) pour suivre Yersin dans ses déambulations, écouter ses discussions avec Émile Roux et Albert Calmette, boire, quasiment, dans son verre. C’est léger et quand les couleurs du ciel au-dessus de Nha Trang se mettent au diapason des dernières heures de Yersin, en 1943, on s’en voudrait de faire la fine bouche. « Le voilà fait de l’étoffe des songes » écrit Deville dans le dernier paragraphe du livre. « C’est un peu confus, maintenant, sa pensée, une lente inondation, l’eau noire et son murmure de marée sous la grande médaille blanche de la lune. (…) Il est une heure du matin. La lumière s’est éteinte. » Le noir clôt au final ce livre, lumineux comme si était déjà inscrit à son fronton : Prix Goncourt 2012.

T. G.

Peste & Choléra
Patrick Deville
Seuil, « Fiction & Cie », 219 pages, 18

Goncourt & Femina
Le Matricule des Anges n°137 , octobre 2012.
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