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Poésie Une hache de mots

octobre 2012 | Le Matricule des Anges n°137

Jean-Claude Schneider taille ses livres dans des blocs de schiste, travaillant à faire ressortir une lumière sévère sur sa page clairsemée.

Là qui reste ne pouvait pas porter de meilleur titre. Ce volume est en effet ce qui aura été repris, réécrit, refondu et « fortement élagué » de plusieurs livres parus les deux dernières décennies : une version définitive, dit Jean-Claude Schneider, d’un retour sur soi-même où la langue, déjà portée par l’écrivain à ses cassures les plus intérieures, s’ajuste autrement. C’est-à-dire dans un work in progress que Pierre Chappuis et André du Bouchet, pour nommer ici deux poètes proches, intégrèrent à leur œuvre comme une logique profonde de remaniements.
Jean-Claude Schneider, un peu à la façon du traducteur (qu’il est : Hölderlin, Celan, Mandelstam, Walser) revient sur l’ajustement d’un mot à sa matière pour y importer tout son mouvement d’étrangèrement. Par exemple, les premières pages de Membres luisant dans l’ombre (poème partition autour de la peinture de Rembrandt), montrent bien quel nouveau timbre, selon l’énigme propre du sphinx, s’écrit ici ; quelles nouvelles inflexions deviennent nécessaires à des vers publiés il y a presque vingt ans. Au « Face/ là, de face :/ se lit comme/ parchemin-paysage dont le jour,/ son acide, ronge les rigoles, gonfle/ les bourrelets d’ombre ; pour ça/ que son regard écarquillé le regard, pour/ ce que l’extrême de fixité supportable/ lui apprendrait, qui luirait là-bas/ recraché du rivage (…) », encore habité d’éléments de coordinations, la nouvelle version choisit la voie, cassée, quasi équarrie, de l’âpreté : « face. là/ de face./ à lire comme parchemin paysage où/ jour ronge/ acide. sculpte/ rigoles bourrelets ombres./ où s’équarquille/ à l’extrême de fixité supportable/ regard. apprendre/ cela qui luirait là-bas/ recraché du rivage (…) ».
Inversions, ajouts, suppressions, déplacements, Jean-Claude Schneider pousse loin le poème vers une rugosité que le dehors lui retourne bien. Il cherche ainsi ce qui doit se parler au plus juste dans la nuit du poème, dans le frottement des mots au monde et à son époque. Que ceux-ci soient nommés, dans Grimace, Paroles sous l’océan, Vieux geste, ou Éclats d’éclats, par le détour sourd d’un fleuve, d’événements historiques tels que l’extermination (le Rwanda, la Shoah), par l’effleurement d’une lumière qui se ferait la leçon d’une vita nova, il est toujours question que le poème soit le réceptacle d’une pression maintenue entre la langue et ce qui tente de la calciner.
A l’exemple de Celan (Entretien sur Celan, Apogée, 2002) mais aussi de Mandelstam, il s’agit que le poème sache « balbutier sur la crête de la vague du temps », qu’il trouve ses mots là où ils lui sont retirés. La suite « (rwanda) » qui ouvre Grimace, cernée entre deux (…), selon une insupportable pudeur, voire le retrait du sujet face à l’horreur, nomme « comme fruit qui tombe/ le sifflement musique de la serpe ». Le corps tombe avec la phrase et la hache des mots qui, écrit Jean-Claude Schneider, « redit en écho (en beauté ?) l’Horreur l’aspire dans son/ inaudible H//// son écoulement sous l’impitoyable couperet sous la dis-/ tante la/// majuscule hache ».
Les pages de Schneider sont des partitions où les mots s’espacent et se disséminent savamment comme sur la lande l’homme qui erre : (« ces/ juste deux trois pages de craie// éclaboussées de// seulement quelques îlots détachés de / la langue »). Le soc de langue qui les constitue n’y suit pas la bonne ornière, mais arpente des pierrées de montagne sur trois pieds : « ton regard comme chèvre s’accroche/ aux rochers primitifs/ de la douleur/ ce/ balbutié/ l’indeviné dans ton crâne/ de/ crâne/ où buissonne ombre voix/ d’ombre du cul d’ombre froissant l’air/ dépeçant/ tes jours ». Telle est la leçon magnifique de ce livre.

Emmanuel Laugier

Là qui reste
Jean-Claude Schneider
Fissile, 226 pages, 20

Une hache de mots
Le Matricule des Anges n°137 , octobre 2012.
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