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Domaine étranger L’italie sans fard

juin 2013 | Le Matricule des Anges n°144 | par Jean Laurenti

Recueil de chroniques publiées par Malaparte, Ces chers Italiens offre un panorama de la Péninsule joyeusement dissonant.

On connaît surtout Curzio Malaparte en France pour ses deux livres consacrés à la Deuxième Guerre mondiale, Kaputt (1944) et La Peau (1949). Né Kurt Erich Suckert en 1898 à Prato, près de Florence, d’un père allemand et d’une mère d’origine milanaise, Malaparte a eu une vie des plus aventureuses qui a commencé en 1914 par un engagement à l’âge de 16 ans dans les rangs de l’armée française puis, quand l’Italie est entrée en guerre, dans celle de son pays. Un temps favorable aux thèses fascistes et soutien actif du régime, il s’attirera par ses écrits les foudres de Mussolini et sera condamné en 1933 à la relégation dans les îles Lipari. Son cas s’aggravera avec les articles sur le front de l’Est qu’il écrit à partir en 1941. Ils nourriront le somptueux et terrible Kaputt, empli de visions cauchemardesques de la chute de l’humanité rapportées de ses reportages de guerre. C’est cette même lecture hallucinée des événements qui s’accomplit dans La Peau, roman bouleversant, succession de tableaux sidérants. Malaparte y raconte la libération de l’Italie, celle de Naples en particulier, par les troupes alliées. Les soldats américains sont accueillis comme des sauveteurs, ce qu’ils sont effectivement, par une population misérable qui n’a d’autre possibilité pour sa survie que de se vendre à ses bienfaiteurs comme une marchandise de piètre valeur.
Les articles et essais rassemblées dans Ces chers Italiens confirment la place de tout premier plan qu’occupe Malaparte parmi les prosateurs du XXe siècle. Publié en Italie de façon posthume, composé pour la première partie de textes parus dans Il Corriere della Sera, l’ouvrage devait être le pendant de Ces sacrés Toscans. Malaparte y poursuit son projet de dresser un portrait très personnel de son pays et de ses contemporains. Sa patte y est toujours aussi reconnaissable, privilégiant le paradoxe, l’excès, la truculence, l’ironie mordante, une audace effrontée dans le choix des images. À propos des Ligures : « Ils ont des voix traînantes, suintantes d’huile, comme s’ils avaient plein la bouche de sardines en conserve. Ils parlent la bouche de travers, avec un profond mépris on ne sait de qui. Peut-être d’eux-mêmes ; quelle raison auraient-ils de mépriser les autres Italiens ? » Le propos s’appuie sur une phrase qui souvent s’étire harmonieusement et s’achève avec une subtile efficacité : « Peut-être y a-t-il quelque chose de vrai dans le reproche d’impudicité qu’on nous fait. (…) cette impudicité n’est qu’une façon de nous défendre de l’hypocrisie des peuples qui sont naturellement hypocrites comme nous sommes naturellement impudiques, c’est-à-dire naturels, sincères et libres dans les choses de la nature. (…) Et jamais tyran n’osa retirer aux Italiens cette magnifique liberté naturelle, plus merveilleuse encore si on la compare à celle des étrangers qui, libres dans le domaine politique, furent toujours esclaves dans celui de la nature. »
Les différentes composantes de la Péninsule sont l’objet de charges frontales. Les Toscans, par exemple, en prennent encore pour leur grade (les Florentins sont selon lui experts dans « l’hommage à la reine », c’est-à-dire dans l’art de vous mettre la main aux fesses). Et parmi eux, les plus illustres, les Médicis, scrutés à travers leurs portraits exposés aux Musée des Offices : « Pensez ce que devaient être les mains de Laurent, à en juger par son nez en bec de canard, son menton en galoche, ses yeux de sodomite, le sourire de ses lèvres pincées. Un sourire qui vous donne envie d’apercevoir le bout de sa langue, histoire de voir si elle n’est pas fourchue. » Et les papes, « Léon X et Clément VII, tous deux Florentins et de la maison des Médicis et qui surent comme pas un fourrer leurs doigts en chaque trou. » Quant aux Piémontais : « Et qui pourrait soutenir comme font force Italiens d’au-delà du Pô et du Tessin que les Piémontais sont très intelligents mais lents à comprendre ; qu’ils sont éveillés mais balourds ; malins comparés entre eux, mais comparés à d’autres, non (…) ? »
Dans la seconde partie du recueil, le propos de Malaparte s’adoucit, se fait plus sensible. Évoquant le peuple napolitain, il cherche la manière la plus juste de le représenter : « (…) si j’étais peintre, je voudrais peindre les Napolitains comme les Grecs se peignaient eux-mêmes, en quelques traits et quelques lignes, simples et nus. Je les dessinerais maigres, dépouillés, essentiels : mais autour d’eux, je peindrais les ombres immenses de leurs gestes brefs. » Dans un très beau chapitre intitulé « La femme italienne », que les tenants des gender studies voueraient probablement aux gémonies, il cherche à caractériser la place des femmes dans la transmission : « Il advient parfois que les enfants ont un langage à eux, mystérieux, très très vieux, que les hommes ne comprennent plus, un langage oublié depuis mille ans peut-être. Langage jalousement conservé par les femmes dans leurs entrailles. Les femmes n’oublient pas ; elles ne pardonnent pas. (…) Alors que tout semble perdu, elles donnent le jour à des fils qui n’ont pas oublié, qui n’ont pas pardonné. »


Jean Laurenti

Ces chers Italiens
Curzio Malaparte
Traduit de l’italien par Mathilde Pomès
Les Belles Lettres, « Le goût des idées », 189 pages, 13,50

L’italie sans fard Par Jean Laurenti
Le Matricule des Anges n°144 , juin 2013.
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