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Domaine étranger La conquête de l’amour

juillet 2013 | Le Matricule des Anges n°145 | par Thierry Guinhut

L’alliance du roman victorien sentimental et de la satire sociale, par le généreux portraitiste Anthony Trollope.

L' Ange d’Ayala

On a reproché au prolifique Anthony Trollope (1815-1882) de n’écrire qu’à heures fixes, pour gagner de l’argent, des romans au kilomètre. Pire, on pourrait rejeter d’un revers de mépris L’Ange d’Ayala, roman rose et pavé feuilletonesque. Grave erreur. Certes Henry James, qui lui rendit hommage, n’appréciait pas ses interventions intempestives d’auteur jouant avec sa fiction ; mais c’est un des aspects pour nous les plus séduisants de ce Victorien beaucoup plus talentueux qu’il n’y paraît.
Le drame domestique s’installe autour de deux sœurs orphelines : Ayala, la plus jolie, et Lucy. Recueillies chez leurs oncles et tantes, la première rejoint la richissime famille Tringle, quand la seconde s’installe chez de pauvres bourgeois. Entre le tourbillon des fêtes et des intrigues d’une part, et le morne quotidien d’autre part, « où jamais on n’y lisait un poème », leur destin semble fixé à jamais. Quand des différends poussent Lady Tringle à vouloir faire l’échange des sœurs ! Moment dramatique et facétieux. Évidemment la grande affaire est de trouver un mari : Ayala cherche « son Ange de lumière, même s’il ne devait jamais se manifester en chair et en os ». Malgré les embûches, Lucy est prête à une vie plus terre à terre, avec l’affection de son sculpteur.
L’argent est une des principales préoccupations du roman réaliste, et la première pour la plupart des protagonistes, sauf ceux qui croient à la vérité de l’amour, à moins d’être fou d’amour au point de boxer leur rival et de finir au poste… Les classes sociales sont ici compartimentées ; seules la beauté, l’élégance et la repartie d’Ayala, certes cousine d’une famille du plus haut monde, permettent de franchir les barrières, en une sorte d’élitisme rafraîchissant. La satire sociale, entre aristocratie et bourgeoisie besogneuse, reste alors bon enfant, non sans profondeur, lorsqu’il s’agit de tenir son rang, d’en être digne, de gagner de l’argent et non de le gaspiller : l’un « porte son arrogance dans ses sourcils et dans sa panse rebondie ». Ce contemporain de Dickens paraît plus sucré, plus léger ; reste que le divertissement n’est pas sans enseignement.
Le conflit de génération, entre un père soupe au lait, cependant généreux, et ses filles entêtées, voire frondeuses jusqu’à la « sottise » est traité avec vigueur et pénétration, lors de situations hilarantes : Sir Tringle traverse la Manche pour ramener sa cadette enfuie à Ostende avec un soupirant maladroit. Ce qui nous vaut une parodie réaliste et truffée d’ironie. Mais au-delà, même si tout cela aboutit à une splendide salve de mariages, ne voit-on pas poindre au cœur du XIXe siècle, l’émancipation féminine, les futures suffragettes…
Trollope alterne les destinées croisées, faisant avancer son intrigue aux multiples fils impeccables, narrateur omniscient qui ménage avec entrain ses effets, ses suspenses. Il arrive cependant qu’il ait oublié un prénom ou qu’une lettre avait été déchirée et jetée ; qu’importe, le plaisir reste intact. On comprend qu’il fit fureur en son temps. Sans compter son humour, comme lorsque Tom, l’amoureux rejeté, porte « un gilet qui, à lui-seul, aurait été suicidaire ».
Le but du roman, comme le propose Trollope, également voyageur et autobiographe, est-il d’« établir une concorde universelle » ? À travers les dimensions sociale et psychologique, la résolution de situations complexes, par la fluidité du récit et de l’empathie avec les personnages, il peut servir de manuel de savoir-vivre, de guide moral, dans un monde qui ne doit pas être dépourvu de « charme intellectuel »

Thierry Guinhut

L’Ange d’Ayala
Anthony Trollope
Traduit de l’anglais par Béatrice Vierne
L’Herne, 664 pages, 23

La conquête de l’amour Par Thierry Guinhut
Le Matricule des Anges n°145 , juillet 2013.
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