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Poésie Grâces minimales

juillet 2013 | Le Matricule des Anges n°145 | par Emmanuel Laugier

Le minimalisme des Sans titre de Geoffrey Squires pourrait s’apparenter à l’ordre des jardins du Ryoan-ji. Un sublime à ras.

Il est des livres qui arrivent à nous comme de véritables grâces. Éloquence mise à part, une telle opération est rare, elle s’applique à de grands livres, ou à des démarches qui se révèlent entre leurs lignes. Sans titre est sans nul doute l’un d’entre eux, il nous vient d’un auteur irlandais, Geoffrey Squires (né en 1942), dont on apprend seulement qu’il aura enseigné dans plusieurs universités de par le monde (Iran, États-Unis, France) et traduit de la poésie française, gaélique et persane. On comprend néanmoins que ce nomadisme a sans doute beaucoup compté dans l’allégement de sa poéthique  : voyager, conseillait Michaux, ne se gagne jamais que si le voyage conduit à s’appauvrir, soit à se déterritorialiser, soit à quitter le squire qui est en soi, le propriétaire, voire le maître de ses propriétés. S’alléger ainsi, perdre ses repères, et noter, comme plongé dans une géométrie non-euclidienne, ce qui constitue une nouvelle géographie perceptive et mentale, dessine, petit à petit, à mesure que chaque page insiste sur un motif, l’infléchit parfois, une cartographie rhizomique. L’écriture y lance ses lignes de fuite impersonnelles. Rien n’est moins tourné vers un quelconque sujet que cette poésie-là ; ou alors il n’est que le pivot à partir duquel les perceptions tournent et se donnent à elles-mêmes.
Ouvrir un livre de Geoffrey Squires (notamment ces Untitled) revient à entrer, dit avec raison son éditeur/traducteur, dans une pièce vidée, une pièce-monde, mais où le sublime est « un sublime au-delà de toute élévation » (W. Benjamin). Peut-être même cette pièce s’efface-t-elle dans la surexposition de la lumière qui la baigne : il faut alors s’accoutumer en plissant les yeux, chercher à accrocher quelques angles dérobés. C’est un travail de décomposition lente de l’espace, et celui de sa recomposition essentielle, par laquelle poser deux objets revient à dire deux mots. Le geste de Squires est presque oriental, on pourrait le comprendre également dans le voisinage de Cid Corman ou de celui de Robert Creeley, mais il ajoute à l’importance de la perception de chacun, aux descriptions simples qu’ils en donnent, à leur littéralité, une sorte de méthode, par laquelle la répétition d’expériences est elle-même répétée dans le poème par un jeu interchangeable de vers-indices, ci et là disséminés. Et cela fait presque de petits mantras minimaux.
L’incipit du livre donne toute l’inflexion à la voix de Geoffrey Squires, sa loi souterraine : « Et dans trop d’endroits trop proches ou trop soudains/ tout autour de nous et même derrière quand nous tour-nons// nombreux nombreux petits mouvements/ d’abord incertains et ensuite// que cela soit ou contenu en soi/ imagine ce que cela pourrait signifier ». Amorce au lyrisme très retenu, malgré le tapping de la conjonction « et », le livre va déplier en une sobriété gagnée plus intensivement encore sur elle-même sa ligne de basse, les énoncés premiers se serrant alors en hypothèses a minima, vertigineuses selon le placement du regard. Cela peut être écrit ainsi « Où cela fut si cela fut », que poursuit un très maigre sujet, en « personne » comme le témoin put l’être : « personne ne se souvient du début/ personne ne comprend la fin », mais plus loin le prosaïsme est le seul recours contre la tentation de la transcendance : « Et quand cela arriva la cause n’était pas/ une chose découlant par-dessus l’autre// et après ça// les silences déposés/ comme dans une longue ligne/sans un mot ». Que reste-t-il alors sinon ce « stretche », ce qui « s’étire ou tend vers peut-être », c’est-à-dire en dehors de toute possibilité, de calcul, de prévision.
Dans cette lenteur, sereine, sans désillusion, douce de son non-savoir, « il y a toujours l’idée/ que c’est juste une question d’effort de degré// qui ne veut rien dire de plus ». Voilà, rien de plus, tout étant ici « brève exaltation temporaire inexpli-quée// crois-moi ».

Emmanuel Laugier

Sans titre, de Geoffrey Squires
Traduit de l’anglais (Irlande, édition bilingue)
et préfacé par François Heusbourg
Éditions Unes, 76 pages, 16

Grâces minimales Par Emmanuel Laugier
Le Matricule des Anges n°145 , juillet 2013.
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