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Théâtre Une vie de renoncements

octobre 2013 | Le Matricule des Anges n°147 | par Patrick Gay Bellile

Magali Mougel met en scène ce qui bascule quand une vie n’est pas ce qu’elle devait être.

Il n’y a pas si longtemps, nous évoquions ici Guérillères ordinaires, poème dramatique de Magali Mougel. La voilà déjà de retour avec Suzy Storck. Suzy Storck est une jeune femme tout à fait banale : elle mène une existence normale, classique et travaille dans le poulet. Elle rencontre un jeune homme, normal, classique, lui aussi dans le poulet. Et ce jeune homme devient son mari. Elle quitte son travail, installe un petit chez-soi, donne naissance à des enfants, tout semble aller très bien. Mais cela, nous l’apprenons plus tard. Car en fait, tout commence par une visite de la mère de Suzy qui donne trois claques retentissantes à sa fille tandis que là-haut « on entend le bruit de petites mains qui triturent une serrure avec des objets métalliques ».
Cette visite, tout comme l’ensemble de la pièce, nous est racontée par le Chœur, personnage principal, essentiel de l’histoire. C’est lui qui décide de nous emmener à travers ces vies ordinaires, lui qui nous rappelle qu’un jour Suzy constate « son incapacité à ne pas avoir réussi à affirmer de façon suffisamment vindicative / qu’elle désirait refuser certaines obligations personnelles et physiques / aussi bien qu’économiques / qu’elle désirait refuser de remplir son devoir conjugal / en ne faisant pas d’enfants ». Lui encore qui nous emmène dans le passé, pour tenter de comprendre comment les choses se sont passées, comment Suzy a pu en arriver là, où se situe le déraillage, et qui en est responsable. Et ce chœur raconte, prend en charge le récit, commente à l’occasion, apporte des précisions, mais ne prend jamais partie. Sauf à dire le drame.
Le drame d’une vie absolument normale : le mari part travailler, dépose les enfants à l’école et emmène l’aîné tirer à la carabine pour se changer les idées. Elle s’occupe de la maison, du linge, des repas. Une femme au foyer tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Comme lui dit son mari, elle porte sa croix comme chacun. Mais c’est cette vie subie dont elle ne veut plus. Ce rôle dans lequel elle s’est glissée qui ne lui convient pas. Car ses enfants l’agacent, son mari l’insupporte. Et le chœur assiste à la tragédie en train de se nouer. Car c’est une tragédie que nous propose Magali Mougel. Le chœur est le témoin précis d’un destin qui se noue, et les Dieux ont été remplacés par les règles et les normes d’une société qui impose à ses membres des schémas archaïques, dépassés, et par trop hiérarchisés. Le chœur nous donne les lieux, les dates, les heures, il est le scribe précis, le greffier des événements qui s’agencent. Tout cela se passe le 17 juin, entre 20h54 et 22h54. Deux heures précisément.
Unité de lieu, unité de temps, unité d’action : nous sommes dans une forme classique et identifiée du théâtre pour raconter ce fait divers. Et les enfants cristallisent ce mal vivre. Ils sont arrivés tout seuls, fruits hasardeux d’étreintes obligées : « Nous avons eu trois enfants des éjaculations nocturnes de Hans Vassili Kreuz  ». Ils sont le marqueur de ce statut de femme au foyer. Et tout cela lentement fait son chemin. À l’intérieur. Et Suzy se met à boire. Car à toutes les remarques qu’elle peut faire, à toutes les tentatives pour attirer l’attention de son mari sur ses difficultés, la réponse implacable jaillit, sans appel, sans discussion possible : « Pourquoi c’est moi qui dois tout faire dans cette satanée maison  ». Et elle va prendre en grippe ses enfants, les détes-ter : « (…) parfois l’idée me vient de prendre la carabine à plombs, de les aligner contre un mur et de les descendre. » Jusqu’à une seconde d’inattention, une seconde durant laquelle elle oublie son dernier-né dans sa poussette, en plein soleil. Enferme les deux autres à clef et « prie au fond pour qu’ils s’entre-tuent ». En attendant le retour de son mari. Lorsqu’arrive sa mère…

Patrick Gay-Bellile

Suzy Storck de Magali Mougel
Éditions espace 34, 80 pages, 12,80

Une vie de renoncements Par Patrick Gay Bellile
Le Matricule des Anges n°147 , octobre 2013.
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