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Poésie L’axe du désastre

mars 2014 | Le Matricule des Anges n°151 | par Emmanuelle Rodrigues

D’un burin de fer

Faire écho à chacun des poèmes réunis dans D’un burin de fer / Vingt ans de poésie israélienne engagée 1984-2004, la tâche, et non des moindres, a été confiée au peintre Rachid Koraïchi qui a réalisé autant d’encres. Pour illustrer ce florilège, l’artiste reprend à son compte le thème majeur de la guerre : folie et douleur tiennent l’autre part de cette explosion verbale et picturale, comme si à l’instar des paroles des prophètes de la Bible cités tout au long du recueil, les mots étaient encore et toujours vecteurs de sagesse. La transformation du texte en images en dessine les motifs récurrents : fusils, obus, maisons en ruine, barbelés, avions de chasse, hélicoptères côtoient cigales, cyprès, épis de blé, linge séchant au soleil, soc de charrue, barque à flots etc. Les dessins font ressortir l’ambivalence des signes qui de caractères abstraits adoptent les formes les plus signifiantes : la lettre calligraphiée prend l’aspect d’un symbole, là une colombe, ici l’arme d’un soldat.
Très engagée en faveur de la paix, la poétesse Tal Nitzán a rassemblé les quatre-vingt-dix-neuf contributions qui nous plongent au cœur de la désolation, au point d’un désaccord clairement exprimé. Dans son poème, Pleurer le pays aimé, Rami Dizani déclare ainsi : « Je pleure car mon peuple n’a pas de cœur pour pleurer (…) et je suis devenu étranger à mon peuple ». La pluralité de voix compose une œuvre collective conjuguant une convergence de points de vue et d’expériences en prise directe avec la guerre qui mine au quotidien la terre de Palestine-Eretz Israël, selon le titre du poème d’Arik A. Autant de tableaux et de vues regroupés pour dire la violence, l’injustice et les persécutions. Evoquant la destruction d’une maison, Dvora Amir la qualifie de « tuerie au nom de la loi », et Tuvia Rubner de constater : « ce n’est pas ainsi que nous pensions, que nous voulions, non,/pas ce que nous voulions/qu’ainsi la terre dévore. »
Le propos dénonciateur ne va pas sans parodie du discours d’endoctrinement tout aussi destructeur qu’une opération militaire. Langue de Nathan Zach en est un très bel exemple : reprenant des expressions toutes faites justifiant l’usage de la force, l’auteur montre la manière dont les faits de guerre sont déniés par un usage détourné du langage, celui-ci représente alors un enjeu de taille qui ne laisse donc pas indifférents ces « poètes objecteurs » ainsi que Sylvie Germain les nomme dans sa préface. Aussi bien toutes ces paroles œuvrent-elles à révéler la somme de souffrances nous rappelant comme Abraham Aboulafia l’écrivait au XIIIe siècle dans son Sefer Ha’ot que « l’encre triomphe du sang ». Sinon, prévient Liat Kaplan : « Garderons-nous le silence jusqu’à ce que nous ne soyons plus que mutisme ? » Puis, dans un cri de désespoir : « je ne vois que deuil et destruction. » À quoi répond Meïr Wieseltier : « la poésie politique est insupportable » et de conclure : « Que le silence soit. »

Emmanuelle Rodrigues

D’un burin de fer :
Vingt ans de poésie israélienne engagée 1984-2004

Anthologie établie par Tal Nitzán.
Dessins de Rachid Koraïchi.
Traduit de l’hébreu par Isabelle Dotan
Al Manar, 254 pages, 25

L’axe du désastre Par Emmanuelle Rodrigues
Le Matricule des Anges n°151 , mars 2014.