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Poésie Vague montante

mars 2014 | Le Matricule des Anges n°151

La Mer hivernale

Mélancolie de qui prend ici la plume pour dire son penchant au « scepticisme », son « inspiration lugubre », sa « maudite rage de l’ordre », et son entêtement à pratiquer « un art qui se meurt ». Né en 1941 à Belfast, Derek Mahon part étudier à Dublin et enseignera ensuite en Angleterre. Volontairement exilé de son pays, cet Irlandais errant ne manque pas d’y revenir avec nostalgie tout au long de ce recueil. À l’image de cette « mer balafrée », « mer hivernale », de violents déchirements agitent les paysages battus par vents et tempêtes, les villes, ports, ou stations balnéaires de l’Irlande du Nord donnant lieu à la description d’une nature tourmentée par la dureté du climat mais aussi d’endroits marqués par les révoltes et les guerres fratricides. D’un côté, la condition humaine tendant vers la décrépitude, l’anéantissement et la mort, de l’autre, ce qui relève de la beauté, de l’amour et de la sagesse, la poésie et la pensée opérant la bascule de l’un à l’autre. Équilibre toujours susceptible d’être compromis, et ce n’est pas sans ironie que Derek Mahon manie le point de vue qui s’élabore dans ses poèmes : tout à la fois au cœur du monde et à distance de la déréliction contemporaine.
Dans L’Enfant à naître, n’imagine-t-il pas celui-ci se désolant de sa venue au monde ? Ou encore, ne cesse-t-il pas de dénoncer tout discours dont l’artifice et les tournures rhétoriques loin d’offrir un quelconque apaisement, obligent à d’autant plus de responsabilité de la part de qui l’énonce ? Chacun de ces poèmes est l’occasion de s’interroger : toute poétique ne risque-t-elle pas à son tour d’être vaine ? Ce serait alors se décourager et renoncer à écrire. Dans le poème, Une remise désaffectée du comté de Wexford, à l’instar de celle-ci gagnée par la moisissure, le néant est roi. La poésie est bien le lieu d’une méditation : « Même aujourd’hui, il est des lieux où une pensée pourrait naître ».
Et la parole de Derek Mahon est bien celle d’un homme qui élève la voix, quand bien même d’humeur sombre, non tant pour nous rassurer, que, dit-il, nous assurer que « nous aurons tout le temps d’écouter en silence le vent / Pleurer les vivants tout au long de la nuit ».

Emmanuelle Rodrigues

La Mer hivernale
Derek Mahon
Traduit de l’anglais (Irlande) par Jacques Chuto
Cheyne éditeur, 176 pages, 24

Vague montante
Le Matricule des Anges n°151 , mars 2014.
LMDA PDF n°151
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