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Textes & images Le dépôt argentique du monde

mai 2014 | Le Matricule des Anges n°153

Une autre aaçon de raconter, livre à quatre mains de John Berger et du photographe Jean Mohr, articule les manières de voir, d’entendre et de toucher le halo magnétique de la photographie.

Une autre façon de raconter

Quatrième collaboration de John Berger avec Jean Mohr (né à Genève en 1925) depuis le magnifique Un métier idéal (paru en 1967, L’Olivier, 2009), Une autre façon de raconter* est la première à entrelacer leur expérience respective dans une intimité ne renvoyant plus seulement au monde visuel de l’un et à celui, écrit, de l’autre, mais à la création simultanée d’une intimité commune. Le cœur du livre réalise, sur plus de 160 pages, cet entremêlement de mondes, par un procédé en apparence simple, mais pourtant assez singulier pour faire de l’ensemble choisi des photographies de Jean Mohr une liasse de narrés sans récits apparents, dont les disjonctions, les coupes, les flottements et frottements, les formats de reproduction, créent le halo de sens naissant de la photographie, voire du procédé photographique lui-même. Telle est d’ailleurs l’hypothèse que va développer dans son remarquable essai John Berger (section II), revenant souvent sur les liens et écarts que nous devons penser entre le fait photographique comme citation du monde et le langage du sens, de l’explication, que nous cherchons à lui donner en la regardant. Le chapitre III (montage, presque waburgrien, titré « Narration », d’innombrables images que John et Jean firent sans aucune légende) articule comme une expérience de langage le donné muet de la photographie. Et ce, pour finalement montrer la nécessité de le comprendre et de l’exposer comme un « demi-langage ».
Sur cette expression John Berger précise : « Dans la photographie, la continuité [temporelle, ndr] est brisée. Cependant, la discontinuité, en conservant un ensemble instantané d’apparences, nous permet une lecture qui traverse ces apparences pour atteindre une cohérence synchronique. Une cohérence qui, au lieu de raconter, invoque des idées. Si les apparences ont cette capacité, et c’est là l’argument fort de Berger, de cohérence c’est qu’elles constituent ce que j’appelle un “demi-langage” ». Il faut néanmoins, là où le sujet est toujours en situation (à moins d’avoir perdu la vue) de regardeur, poser la question de la satisfaction « du désir intrinsèque au “vouloir voir” ». Cette pulsion canalisée, reconstruite, est un peu la raison de l’appareil photographique : car « L’appareil photographique fait du “demi-langage” des apparences un langage ; de sorte que, devant les photographies, nous sommes chez nous parmi les apparences comme nous sommes chez nous dans notre langue maternelle ».
L’ouverture du livre, autre choix d’images que Jean Mohr commente, apporte une réponse très fine et très humble à la décision de photographier. Aussi politique dans son approche qu’Orwell le fut dans ses livres, Jean Mohr raconte notamment, et c’est bouleversant, comment il saisit le rire d’une jeune indienne aveugle à qui il imitait les bruits de divers animaux. Plus loin, série à la sobriété aussi tenue que sa vie semble austère, le travail de Gaston, bûcheron travaillant en solitaire et dont la femme ne possède aucun portrait. À travers ce que construit la photographie en citant le visible, un schème se déploie alors, qui fait son aura, ainsi que la lecture (autre que celle des mots) qui la constitue. Il est celui d’une survivance où tout le « cité » du monde renvoie à la photographie elle-même comme interruption du temps. Mais, presque paradoxalement, cette suspension appelle à l’« énergie du “montage par attractions” ». Ce livre nous fait sentir comme rarement l’apparition propre à la photographie au moment où elle surgit ; et ce jusque dans l’émotion qui vient avec elle, celle-ci étant précisément, écrit Berger, la « réponse donnée [par la photographie] à l’attente d’un sens ».

Emmanuel Laugier

* Le livre est, tête-bêche, suivi du film (Dvd) de Timothy Neat & John Berger, Joue-moi quelque chose (1989), avec, notamment, Tilda Swinton, et un essai de la poète Anne Michaels

Une Autre Façon de raconter
John Berger & Jean Mohr
Avec la collaboration de Nicolas Philibert
Traductions de Camille Aillaud
L’Ecarquillé, 320 pages, 42

Le dépôt argentique du monde
Le Matricule des Anges n°153 , mai 2014.
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